Les sorcières du numérique

Tandis qu’Halloween nous divertit en attendant Noël, le Conseil d’analyse économique (CAE) a publié un rapport sur les « nouvelles opportunités économiques » qui résonne comme un mauvais présage : « Une politique de développement de l’économie numérique en France doit viser avant tout à aplanir les difficultés rencontrées par les entreprises du numérique : complexité réglementaire, barrières à l’entrée sur les marchés, difficultés rencontrées par le développement des nouvelles formes d’emploi. » Affichant sans complexe un parti pris dogmatique faveur des plates-formes numériques et de la consommation via smartphone – en occultant au passage la réalité de l’économie ainsi que l’actualité du secteur –, le rapport préconise entre autres le développement de l’auto-entrepreneuriat et le remplacement des formations professionnelles par une équivalence provenant des notes de satisfactions des clients. Avec un cynisme revendiqué, il prédit « une polarisation du marché du travail » et hypothèque l’avenir de l’économie de proximité. Alors qu’au prix de nouveaux efforts pour les salariés, l’accord entre syndicats et patronat sur le recul de l’âge de départ en retraite à 63 ans à partir de 2019 vient d’être signé, le CAE affirme sans états d’âme que « contrairement à des professions traditionnellement exercées par des travailleurs indépendants (commerçants, médecins libéraux, chauffeurs de taxi), les travailleurs indépendants du numérique n’immobilisent pas au long de leur carrière un actif tel qu’un fonds de commerce ou une licence de taxi. Faute de cette modalité d’épargne individuelle, l’arrivée à l’âge de la retraite de cette population pourrait révéler des difficultés économiques inédites. » Qui profèrent ces maléfices et jettent un sort sur le travail entrepris bon an mal an pour rétablir la situation économique des concitoyens ? De véritables sorciers, spécialistes du secteur, bien sûr ! Augustin Landier, de l’École d’économie de Toulouse, Pierre Mohnen, professeur à l’Université de Maastricht, Anne Perrot, présidente de la commission d’évaluation de la loi Macron… et accessoirement associée d’un cabinet de conseil en économie « actif » auprès de ses clients dans le domaine de la concurrence… Et pour finir, Nicolas Colin, auteur d’un rapport officiel sur la question du numérique et de la fiscalité… mais surtout créateur de TheFamily, l’un des actionnaires de Heetch, application qui continue à organiser un service de transport de personnes en infraction à la loi taxis/VTC ! Alors, magie ou supercherie ?

Hélène Manceron

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