Si la série de concerts de Céline Dion et la prochaine visite du Pape font espérer une reprise de l’activité en Île-de-France, la crise pétrolière et la mise en application de la réforme du transport de malades pèsent sur les entreprises de taxi. Expérimentation des véhicules autonomes, transports des patients en ALD, avance sur le remboursement de la TICPE, nouveaux contrôles des VTC et mobilisation des taxis essonniens lors de la Fête de l’Humanité, la rentrée de septembre a apporté son lot de nouveautés et de sujets de vigilance pour la profession.
Véhicules autonomes : la France passe aux essais
La conduite autonome franchit un nouveau cap en Europe. Le 2 septembre, le ministre des Transports Philippe Tabarot a annoncé le lancement des premiers essais sur route en France de deux Tesla équipées du système Full Self-Driving (FSD Supervisé), après plusieurs mois de travail entre les autorités françaises et le constructeur américain. Si Paris soutient désormais cette phase d’expérimentation, une éventuelle homologation du dispositif reste suspendue à une décision européenne attendue en octobre. Dans le même temps, l’Espagne accélère avec un projet bien plus ambitieux : Uber, associé aux spécialistes de la conduite autonome WeRide et Avomo, a reçu l’autorisation de tester à Madrid une flotte d’une vingtaine de taxis autonomes de niveau 4, capables de circuler sans conducteur dans des zones géographiques prédéfinies. Les premiers essais se dérouleront avec un opérateur à bord avant une ouverture aux clients que la plateforme espère dès la fin de l’année 2026. Ces expérimentations relancent le débat sur le rôle du conducteur, la sécurité des usagers, la responsabilité en cas d’accident et l’avenir d’une profession dont le transport de personnes repose aujourd’hui sur un cadre réglementaire et humain bien établi.
Prise en charge des ALD : les taxis demandent des clarifications en urgence
À quelques semaines de son entrée en vigueur, la réforme de la prise en charge des transports des patients en affection de longue durée (ALD) non exonérante provoque une vive inquiétude chez les taxis conventionnés. Depuis plusieurs jours, un message largement relayé sur les réseaux sociaux alerte les patients sur la fin du remboursement de certains transports sanitaires à compter du 1er octobre 2026, en application du décret n° 2026-812 publié le 21 août. De nombreux chauffeurs préviennent déjà leurs clients qu’ils pourraient être contraints d’interrompre ces transports ou de les facturer intégralement si aucune prise en charge n’est possible. Les organisations professionnelles dénoncent une mesure aux conséquences potentiellement lourdes, telle la FNTI qui juge la mesure particulièrement pénalisante pour les patients les plus fragiles. Elle estime « inadmissible que des patients, souvent des enfants ou des personnes souffrant de déficience visuelle, ne puissent accéder aux transports pour continuer leurs soins ». La fédération regrette également un manque d’information des caisses locales et des assurés sur la situation. Elle alerte enfin sur une autre évolution prévue au 1er janvier 2027 : « la part de prise en charge de la Sécurité sociale diminuera de 55 % à 50 %. Les mutuelles devront prendre en charge 5 % supplémentaires. » Pour la FNTI, il s’agit d’un « transfert de charges » vers les complémentaires santé, sans baisse des cotisations sociales, avec le risque d’une hausse des cotisations de mutuelle. De son côté, la FNDT a saisi directement les services de l’Assurance maladie afin d’obtenir, avant l’application du décret, une clarification sur une formulation réglementaire qui pourrait entrer en contradiction avec les dispositions prévues par la convention-cadre nationale du transport de malades. Même dynamique du côté de la FNAT qui insiste dans un communiqué sur la sécurité juridique des entreprises de taxi. La fédération rappelle que « le taxi doit pouvoir facturer sur la base d’informations fiables, transmises par le prescripteur et les organismes d’Assurance maladie, sans supporter le risque financier d’une erreur qui ne relève pas de sa compétence ». Elle demande également que les entreprises ne soient pas exposées à des indus lorsque la prescription médicale ou les informations communiquées par les caisses conduisent ensuite la CNAM à considérer la facturation comme erronée. À 15 jours de l’échéance, la profession attend désormais une position claire de l’Assurance maladie afin de sécuriser les pratiques des taxis conventionnés et d’éviter des interruptions de prise en charge pour les patients concernés.
Remboursement partiel de la TICPE 2026 avant le 30 septembre
Bonne nouvelle pour les chef(fe)s d’entreprise de taxi : le décret n° 2026-772 du 13 août 2026, publié au Journal officiel du 14 août, instaure un versement anticipé de 25 % du remboursement partiel d’accise sur les gazoles et essences (ancienne TICPE). Cette mesure exceptionnelle vise à apporter un soutien de trésorerie à la profession dans un contexte de hausse des coûts d’exploitation due à la crise pétrolière. L’avance sera versée automatiquement par virement bancaire, au plus tard le 30 septembre 2026, sur le compte déjà enregistré auprès de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP). Pour bénéficier de ce versement, les exploitants doivent remplir deux conditions cumulatives : avoir déposé en 2025 une demande de remboursement d’accise d’au moins 200 € et avoir déclaré, entre le 1er janvier et le 31 août 2026, un montant de remboursement d’au moins 200 € au titre des carburants consommés en 2025. Ils doivent également être toujours en activité au 1er juin 2026. Les entreprises ayant cessé leur activité avant cette date sont exclues du dispositif. Cette avance constitue toutefois un précompte sur le remboursement annuel et non une aide supplémentaire. Lors de la campagne de remboursement 2027, le montant perçu sera automatiquement déduit de la demande portant sur les carburants achetés en 2026. Si le remboursement dû est supérieur à l’avance, le solde sera versé au taxi. À l’inverse, en cas de trop-perçu, celui-ci devra être restitué. Enfin, les exploitants qui ne déposeront aucune demande de remboursement en 2027 devront rembourser l’avance au plus tard le 24 mars 2028.
Concurrence déloyale : Chessy et Saint-Étienne sous surveillance
La lutte contre les infractions des VTC s’intensifie sur le terrain. Le 1er septembre 2026, une vaste opération de contrôle a été menée en soirée aux abords de la gare de Chessy, à proximité de Disneyland Paris, par les policiers du commissariat de Chessy, appuyés par des agents de la DRIEAT. En trois heures, 62 véhicules VTC ont été contrôlés et 51 infractions relevées, dont 13 faits de maraude. Les contrôleurs ont également constaté 15 infractions liées au macaron VTC et plusieurs manquements à la réglementation de la profession. Par son ampleur et son déroulement de nuit, cette opération illustre la volonté des autorités de renforcer les contrôles dans un secteur particulièrement sensible. À Saint-Étienne, les taxis demandent que ce type d’opérations devienne la règle. Le syndicat des taxis, par la voix de son président Karim Bahri, dénonce une concurrence qu’il estime déloyale de la part de certains VTC qui maraudent aux abords de la gare. Les professionnels réclament davantage de contrôles, notamment en soirée et la nuit, et une application stricte de la réglementation. « La loi est claire, nette et précise. En aucun cas, ils n’ont le droit d’être là où ils sont », insiste Karim Bahri, qui cite l’exemple de Lyon où des policiers sont spécifiquement formés au contrôle des taxis et des VTC. Pour les taxis stéphanois, au-delà de la concurrence, c’est aussi la viabilité économique de la profession qui est en jeu.
230 taxis sur le pont pour la Fête de l’Humanité
À l’occasion de la Fête de l’Humanité 2026, organisée du 11 au 13 septembre sur l’ancienne Base 217 au Plessis-Pâté (Essonne), les taxis essonniens ont une nouvelle fois assuré une partie de la desserte de l’événement. En complément des transports en commun, des parkings vélos et automobiles mis en place par les organisateurs, le partenariat avec les taxis du département a été reconduit. Coordonnés par le SATE 91, 230 chauffeurs se sont relayés du lever du jour jusqu’au petit matin pour transporter les festivaliers. « La mobilisation des chauffeurs a été exemplaire », se félicite Sergio Coutinho, président du SATE 91. S’il est encore trop tôt pour établir un bilan précis de la fréquentation, il souligne que les taxis ont également assuré le retour à domicile de passagers pris en charge par l’infirmerie de la fête, ainsi que les déplacements de plusieurs invités VIP.
HM



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