100% Édito : Embouteillage de rentrée sociale

Alors que nous traversons Paris, mon taxi m’avertit que nous allons devoir faire un détour. « Vous avez les policiers sur les Champs-Élysées et à Roissy, les agents EDF entre Bastille et Bercy, les enseignants-chercheurs à Jussieu et, ce soir, une manifestation pour le climat à Bercy. C’est la rentrée sociale ! » À quelques semaines de la présentation du budget 2027, la capitale accueille les cortèges de professions qui estiment ne plus être entendues. Mon chauffeur reprend : « Ils ont raison de sortir manifester ! Y en a marre du déni. Des rues bloquées et quelques palettes brûlées, ça oblige les journalistes à faire leur boulot : alerter l’opinion publique. » Puis son visage se ferme. « Le problème, c’est qu’ils risquent de rentrer chez eux déçus. Regardez les pompiers : tout l’été, on les a applaudis, on leur a promis des moyens. Et concrètement ? Pas grand-chose. » Le silence s’installe quelques secondes. « Nous, les taxis, on sait ce que c’est. En 2025, on a manifesté pendant des semaines contre la réforme du transport sanitaire. On ne défendait pas seulement nos entreprises. On défendait aussi les patients, l’accès aux soins. Les économies ont été imposées malgré tout. Aujourd’hui, des collègues peinent à maintenir leur activité et des malades restent sur le carreau. »
La solidarité nationale n’est pas un slogan que l’on brandit uniquement lorsque sa propre profession est menacée. C’est un principe fondateur de notre République, inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946 et concrétisé par la création de la Sécurité sociale. Elle repose sur une idée simple : la collectivité protège chacun face aux difficultés de la vie, grâce aux impôts, aux taxes et aux cotisations de tous. Invoquant la dette publique et les tensions internationales, l’État demande à chacun des efforts, mais quels sacrifices sommes-nous prêts à faire ?
Les taxis ont été considérés comme corporatistes alors que derrière leurs revendications, il y avait une question de santé publique : comment garantir l’accès aux soins si le transport des patients n’est plus économiquement viable ? La solidarité nationale est-elle encore un projet collectif ou est-elle devenue une cause que l’on défend uniquement lorsque sa propre condition est concernée ? Les manifestations finiront par se disperser. Les rues retrouveront leur circulation habituelle. Alors que les prochaines élections présidentielles invitent les candidats à se présenter en sauveurs, restons vigilants.


Hélène Manceron

Feuilleter l’édition n°330 de 100% NEWS TAXIS

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.