Best of : Au fil des courses

Depuis ce début janvier, nos éditos ont pris place à bord des taxis pour écouter, observer et raconter la profession au fil de ses préoccupations… et de ses petites scènes du quotidien. Crise des carburants, transition énergétique, concurrence des plateformes, engagement syndical, place des femmes, transport des enfants ou encore épisodes de chaleur : derrière chaque course se dessine une réalité plus large, celle d’une profession confrontée aux mutations de son époque. Avec leur regard décalé, parfois engagé, souvent teinté d’humour, ces chroniques racontent surtout des chauffeurs qui travaillent, s’interrogent, résistent et continuent d’avancer. Pour cette série estivale, embarquez pour un Best of des éditos de 2026, entre coups de chaud, coups de gueule et… quelques bonnes raisons de garder le sourire !

Courses climatiques

N°324 – 15 juin 2026

En attendant mon taxi devant un magasin de discount, je regarde défiler les clients. Un produit semble connaître un succès particulier : le ventilateur. Les cartons s’empilent dans les bras des consommateurs. Il faut dire que la France vient de traverser un épisode de chaleur exceptionnel pour la saison et que les météorologues annoncent déjà une nouvelle vague. Mon taxi arrive. Une chauffeure m’accueille avec un sourire aussi rafraîchissant que l’air qui règne dans l’habitacle de son véhicule. Alors que commerçants et restaurateurs multiplient les témoignages sur les effets négatifs des fortes chaleurs sur leur fréquentation, je l’interroge sur l’impact de ces températures extrêmes sur son activité. « C’est vrai que ce n’était pas comme d’habitude. Le soir, les gens sortaient moins, mais dans la journée, j’ai très bien travaillé, surtout aux heures les plus chaudes. Entre la climatisation de mon taxi et la fournaise du métro, il n’y a pas photo ! Ces courses-là, je les appelle les courses clim ! » Lire la suite de l’article

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La saison des sauterelles

N°322 – 15 mai 2026

Déroulant son tapis rouge depuis le 12 mai, le festival de Cannes ouvre la saison estivale sur la Côte-d’Azur. Avec près de 40 000 festivaliers accrédités et des dizaines de milliers de visiteurs attendus pendant une dizaine de jours, l’événement représente 20 % du chiffre d’affaires annuel des hôteliers cannois et génère plus de 200 millions d’euros de retombées économiques. Une manne qui attire de nombreux VTC. Pour motiver ses troupes, Uber a communiqué ses chiffres de l’édition 2025 du festival : +71 % de trajets lors de la quinzaine de l’année dernière par rapport au mois précédent. La palme de la course la plus chère a été remise à un trajet en direction de l’Italie pour un montant de 794,20 € payé par le passager. Sans parler de son service Uber Eats dont 27 % des commandes ont été passées après 22 h. En avril dernier, 4 associations d’entraide aux livreurs ont porté plainte auprès du parquet de Paris contre Deliveroo et Uber pour « traite d’êtres humains », mais il ne semble pas que les stars du cinéma s’en émeuvent…Lire la suite de l’article

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En panne d’espoir

N° 320 – 15 avril 2026

Installée en terrasse, baignée par les premiers rayons d’un printemps encore hésitant, j’échange avec quelques chauffeurs de taxi parisien. L’impact de la nouvelle convention imposée par la Sécurité sociale et l’agressivité de la concurrence déloyale des plateformes VTC commencent nos échanges, mais très vite surgissent les conséquences de la crise des carburants. « Nos collègues ruraux sont les plus touchés », observe l’un des chauffeurs. « En ville, beaucoup ont déjà basculé vers l’électrique. Mais hors agglomération, ce n’est pas une option si simple car ce sont de très gros rouleurs. » Le constat est posé, presque fataliste, puis le ton monte. « Ce qui est insupportable, c’est le mépris du gouvernement. Je ne comprends pas pourquoi les gilets jaunes ne sont pas revenus », lance un autre. « Les gens sont déprimés », glisse un troisième. « La conjoncture internationale les angoisse, la dette nationale les culpabilise. Lorsque je parle de météo avec mes clients, ils ne font que déplorer le réchauffement climatique et regrettent la disparition des papillons de leur enfance », complète-t-il. Simple, presque anodine, l’anecdote illustre un malaise diffus qui empreint une époque où même les signes de légèreté deviennent sources d’angoisse. Presque naïvement mais terriblement politique, leur collègue s’interroge : « Si l’État n’a plus d’argent, il pourrait au moins donner de l’espoir. Comment font les autres ? » Lire la suite de l’article

La transition au prix fort

N° 319 – 1er avril 2026

« Alors là, on frôle l’absurde ! » s’exclame mon chauffeur en passant devant une station-service où le prix du diesel atteint 2,41 € le litre. Intriguée, je lui demande : « Mais votre voiture n’est-elle pas électrique ? » « C’est vrai, mais ma femme et ma fille roulent au diesel et mes collègues hors d’Île-de-France n’ont pas la même facilité que moi pour passer à une autre énergie. En plus, j’habite en maison individuelle, ce qui m’a permis d’installer une borne de recharge pour la nuit. J’aurais même pu opter pour un véhicule à hydrogène, tant le réseau de stations s’est développé. » Alors que les voitures électriques représentent désormais 27 % des immatriculations en France, le nombre de bornes de recharge varie fortement selon les régions, oscillant entre 223 et 382 pour 100 000 habitants. Les pouvoirs publics ont donc décidé de soutenir davantage l’électrification. Depuis le 1er avril, les aides à l’installation de bornes sont passées de 600 à 1000 € pour les particuliers et de 8000 à 12 500 € pour les copropriétés et le Premier ministre a convoqué une réunion d’urgence afin d’identifier, d’ici le 8 avril, les leviers permettant d’accélérer cette transition. « La question ne se limite plus au climat,…  Lire la suite de l’article

Femmes taxies dans la course !

N° 317 – 1er mars 2026

Me voyant me diriger vers son véhicule à la station de la Porte de Versailles, mon taxi salue son collègue et s’avance vers moi. C’est une femme. Elle m’accueille, m’installe et je lui lance : « Paris 19e, s’il vous plaît. » Le smartphone à la main, elle pivote vers moi, l’air étonné. « Désolée, je pensais que vous étiez une visiteuse du Salon de l’agriculture et je m’attendais à une gare. » Je lui réponds, amusée. « J’ai moi-même été surprise lorsque je vous ai rencontrée. Femme chauffeur, ce n’est toujours pas banal ! » Alors que le Salon international de l’agriculture ferme ses portes ce dimanche 1er mars et que s’annonce bientôt la Journée internationale des droits des femmes, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a déclaré que malgré les efforts et les besoins du secteur, « les constats [sont] sans appel » : l’image masculine est encore prédominante dans le monde de l’agriculture. La consultation publique organisée l’été dernier … Lire la suite de l’article

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Kiddy taxi

N° 316 – 15 février 2026

Une fois ma destination annoncée au chauffeur, celui-ci remonte le son de sa radio. Une douce musique emplit l’habitacle. Profitant du calme, j’étends mes jambes et mon pied rencontre un objet. Je le ramasse : c’est une figurine de dinosaure. Je la tends à mon chauffeur : « Un de vos passagers a oublié quelque chose. » « Merci, c’est à moi », me répond-il. Devant mon regard étonné, il explique : « J’ai acheté un lot et j’en donne un lorsque je transporte un enfant qui a du mal à rester en place. » Alors que la Convention internationale des droits de l’enfant et le code pénal établissent des sanctions contre toute discrimination, dont l’âge fait partie, l’offre développée depuis ce début janvier par la SNCF et promettant des wagons sans enfant a soulevé une vaste polémique. Si la SNCF déplore « une maladresse marketing », les « No kids » et les « Pro kids » rivalisent d’intolérance et d’indignation. « Le problème, ce ne sont pas les enfants mais les adultes », ajoute mon chauffeur. Lire la suite de l’article

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La stratégie du sous-marin

N° 315 – 1er février 2026

Après avoir échangé avec mon chauffeur sur l’actualité de la profession, je finis par me présenter. « Ouf, j’ai cru que vous étiez Boer », me sourit-il avant de reprendre : « Vous qui interviewez tout le monde, vous en pensez quoi des syndicats ? » Je lui réponds : « Ce sont des organes essentiels de votre profession. Ce sont les interlocuteurs des pouvoirs publics au niveau national comme local. Et vous, vous êtes syndiqué ? » « Au début oui, histoire de ne pas démarrer tout seul et d’avoir les infos mais maintenant, je suis en sous-marin. » « En sous-marin, qu’est-ce à dire ? » « Je ne suis adhérent nulle part mais je participe à des réunions et je me suis inscrit dans plusieurs groupes sur WhatsApp. »
Si l’évolution de l’engagement syndical des salariés semble connaître un nouveau regain, celle des petits patrons qui s’auto-emploient reste floue. Dans le taxi, l’intransigeance de l’Uncam et la mollesse des pouvoirs publics à faire appliquer la réglementation ont instauré un climat de défiance des chauffeurs face à leurs organisations professionnelles, nouveaux boucs émissaires de la déception des taxis de ne pas avoir été respectés par l’autorité publique. Combien justifient de ne pas renouveler leur carte syndicale, avançant que « Cela ne sert à rien », oubliant par là même celles et ceux qui relancent sans cesse les instances de tutelle et informent les chauffeurs, diligentent des procédures judiciaires pour recadrer les errances des pouvoirs publics, représentent la profession aux multiples réunions afin de faire entendre les revendications du métier au détriment de leur propre activité ? Lire la suite de l’article

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Taxi autonome

N° 314 – 15 janvier 2026

La neige a disparu de la chaussée. Mon taxi file comme si la pagaille de la veille n’avait pas existé. J’apostrophe mon chauffeur tandis que la radio nous partage les conflits nationaux et internationaux : « Les taxis vont-ils rejoindre les agriculteurs ? » Il éteint sa radio. « Vous pensez que cela changerait les choses ? Le gouvernement n’écoute rien. Des ministres aux députés, ils sont centrés sur leurs problèmes de politiciens. Y a que les maires qui font face à la réalité et beaucoup ne se représenteront pas. Dans ma commune, il n’y a que des parachutés qui font campagne. » Après un silence, il reprend : « Sans être complotiste, le glas a sonné pour la petite entreprise. Il n’y a que les grands groupes qui sont écoutés. Être son propre patron est devenu un acte de résistance ! »
De fait, en 2025, l’économie française semble faire face à une recrudescence inquiétante des défaillances d’entreprises. 69 000 faillites ont été recensées cette année, dont 14 000 rien que pour le troisième trimestre. « Alors que le nombre de défaillances a chuté pendant la crise du Covid grâce aux aides publiques aux entreprises, il est reparti rapidement à la hausse pour atteindre des niveaux historiquement élevés. Le nombre de défaillances en cumul sur un an est même plus élevé que pendant la crise des subprimes ! » analyse La Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques. L’hôtellerie-restauration (+10 %), le transport (+10 %) ou encore les services aux entreprises (+9 %) sont les secteurs les plus concernés et les entreprises de moins de 10 salariés majoritairement touchées. Lire la suite de l’article

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