100% Édito : Taxis colibris

« Ça a été 11 jours d’enfer ! » confie un taxi girondin. Sa voix est marquée par l’épuisement. « Les feux sont annoncés fixés, mais nous redoutons toujours une reprise. Je n’étais pas sur la ligne de front. Avec mes collègues, nous avons participé à l’évacuation de maisons de retraite et de personnes fragiles. Sous une chaleur écrasante, dans des embouteillages interminables, il fallait rassurer, orienter, transporter, parfois simplement être présent. Les gens étaient terrifiés par l’incertitude. »

Cet été, les flammes ont ravagé des dizaines de milliers d’hectares de forêt : Gironde, Landes, Drôme, Var, Corse, sans oublier la forêt de Fontainebleau. Les causes peuvent être accidentelles ou criminelles, mais la sécheresse exceptionnelle et le dérèglement climatique donnent à ces incendies une ampleur inquiétante. Les flammes aux portes de la 9e ville la plus peuplée de France ou encore à une soixantaine de kilomètres de Paris rappellent avec brutalité que le risque n’est plus lointain.

Dans l’épreuve, la solidarité a répondu présent. Autour de Bordeaux, des taxis venus de départements voisins ont organisé des collectes de produits de première nécessité pour les personnes accueillies au parc des expositions. Rémy, taxi bordelais, saluait dans les médias le courage des pompiers, l’engagement déterminant des agriculteurs et le dévouement des bénévoles. Il rappelait aussi le rôle de ces « petits bras » – taxis, auxiliaires de vie, infirmiers, agriculteurs, etc. – fragilisés par les restrictions budgétaires du gouvernement mais toujours présents lorsque la population a besoin d’eux.

À l’heure où les vacanciers prennent la route de la grande transhumance estivale, notre taxi girondin poursuit : « Je suis fatigué et inquiet pour l’avenir économique de notre région mais surtout en colère contre les inconscients qui jettent leurs mégots par la fenêtre. »

Une colère légitime quand on sait que ce geste est à l’origine de 10 à 30 % des départs de feu. Depuis 2020, jeter un mégot sur la voie publique constitue une contravention de 4e classe passible d’une amende forfaitaire de 135 €, pouvant être majorée. Si ce geste provoque un incendie, les conséquences pénales deviennent beaucoup plus lourdes : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende en cas de dégâts matériels, davantage encore lorsque des victimes sont touchées. Ce mois de juillet, la justice a déjà prononcé une condamnation exemplaire, allant jusqu’à la prison ferme et à la confiscation du véhicule du responsable.

Au milieu des flammes et de la peur, les taxis ont une nouvelle fois démontré qu’ils ne sont pas seulement des professionnels du transport. Ils sont des acteurs de proximité, des relais de secours, des visages familiers dans le chaos. Comme les colibris de la légende, ils n’éteignent pas seuls l’incendie, ils apportent leur part indispensable à l’effort collectif.

Hélène Manceron

Photo de couverture @Doyouspeaktaxi

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