Installée en terrasse, baignée par les premiers rayons d’un printemps encore hésitant, j’échange avec quelques chauffeurs de taxi parisien. L’impact de la nouvelle convention imposée par la Sécurité sociale et l’agressivité de la concurrence déloyale des plateformes VTC commencent nos échanges, mais très vite surgissent les conséquences de la crise des carburants. « Nos collègues ruraux sont les plus touchés », observe l’un des chauffeurs. « En ville, beaucoup ont déjà basculé vers l’électrique. Mais hors agglomération, ce n’est pas une option si simple car ce sont de très gros rouleurs. » Le constat est posé, presque fataliste, puis le ton monte. « Ce qui est insupportable, c’est le mépris du gouvernement. Je ne comprends pas pourquoi les gilets jaunes ne sont pas revenus », lance un autre. « Les gens sont déprimés », glisse un troisième. « La conjoncture internationale les angoisse, la dette nationale les culpabilise. Lorsque je parle de météo avec mes clients, ils ne font que déplorer le réchauffement climatique et regrettent la disparition des papillons de leur enfance », complète-t-il. Simple, presque anodine, l’anecdote illustre un malaise diffus qui empreint une époque où même les signes de légèreté deviennent sources d’angoisse. Presque naïvement mais terriblement politique, leur collègue s’interroge : « Si l’État n’a plus d’argent, il pourrait au moins donner de l’espoir. Comment font les autres ? »
En Europe des réponses ont été avancées. L’Espagne a choisi un geste fort en réduisant significativement la TVA à la pompe. L’Italie et la Suède ont suivi une logique similaire en allégeant la fiscalité. Même l’Allemagne, longtemps réticente, envisage désormais des mesures temporaires. D’autres, comme la Grèce, privilégient des aides ciblées. Le Royaume-Uni, à contre-courant, n’a décidé d’aucun coup de pouce et envisage même un coup de frein en abaissant la vitesse de circulation de 120 km/h à 80 km/h sur les autoroutes !
Au-delà de la question des carburants, n’y aurait-il pas un besoin de considération, une exigence de justice, mais aussi – et peut-être surtout – la recherche d’un horizon ? À défaut de pouvoir tout résoudre, gouverner ne consiste-t-il pas à éclairer le chemin ? Parfois, cela commence simplement par permettre à chacun de profiter, comme un chat sur le bord de la fenêtre, d’un rayon de soleil, sans arrière-pensée.
Hélène Manceron







