« Être sur tous les fronts », Interview E. Cordier, FNDT

Dans un contexte économique particulièrement difficile pour la profession, Emmanuelle Cordier, présidente de la Fédération Nationale du Taxi – FNDT, partage son analyse des récentes négociations avec le gouvernement ainsi que des discussions en cours avec l’Assurance maladie. Dénonçant des décisions qui semblent souvent déconnectées de la réalité du terrain, elle souligne les défis auxquels la profession est confrontée et la dynamique qu’impulse la FNDT pour défendre les intérêts des taxis.

Emmanuelle Cordier, présidente de la FNDT.

Alors que le prix des carburants reste à la hausse, quels retours pouvez-vous partager sur les négociations engagées auprès du gouvernement ?
Le gouvernement ne semble pas se soucier des conséquences de la hausse des prix des carburants sur notre profession. Il recherche des solutions qui ne lui coûtent rien, tout en laissant s’appauvrir le pays. Les taxis, qui étaient autrefois considérés comme essentiels, sont aujourd’hui les grands oubliés de cette situation. Nous ressentons un mépris flagrant pour notre métier. Nous avons l’impression d’être contraints de passer à l’électrique, sans savoir si le coût de l’électricité ne va pas également augmenter. De plus, aucun constructeur européen ne propose de véhicules adaptés à nos besoins. Nous refusons d’augmenter nos tarifs, car cela pèserait sur les ménages et les entreprises de taxi. Avec la crise pétrolière, le manque de touristes cette année ne fait qu’aggraver la situation. Nous avons également rejeté le report de charges surtout après notre mauvaise expérience pendant la pandémie de Covid-19. Nos contrats de transport ne sont pas indexés sur la hausse des prix de l’énergie. Nous avons été force de proposition, suggérant des mesures d’urgence et des solutions pérennes. Par exemple, nous avons proposé de plafonner le tarif des carburants à 1,80 € avec un remboursement du delta au-delà de ce prix. Nous avons également demandé le gel des 16 cts / litre de la taxe CEE, qui a doublé en janvier 2026, autofinançant la prime à la transition, et de mettre en place un système assurantiel comme pour le secteur aérien. Malgré nos efforts pour solliciter le gouvernement et de propositions, nous n’obtenons aucun retour. La réunion au ministère des Transports du 24 avril 2026 n’a fait l’objet que d’une aumône risible pour la profession, ayant été oubliée dans le cursus d’aide. La proposition, pour les Ei uniquement et soumise à condition de ressources sur les revenus fiscaux N-2 des foyers des artisans, d’un forfait de 50 € pour la période avril à juin démontre qu’il y a une véritable déconnexion entre le gouvernement et le terrain en oubliant aussi les entreprises.
Que pensez-vous des discussions avec l’Assurance maladie et des groupes de travail qui ont débuté ?
Les discussions ont repris. Les représentants de l’Uncam semblent commencer à comprendre la gravité de la situation. Cependant, ils restent décorrélés des réalités du terrain et imposent des règles irréalistes. Depuis janvier 2025 et avec la nouvelle convention, les dépenses de transport ont chuté de manière significative mais nos interlocuteurs semblent plus préoccupés par le temps que par l’action. Ils demandent jusqu’à 10 mois de recul pour analyser les chiffres alors que les caisses locales sont parfaitement informées de la situation. Il n’y a aucune reconnaissance pour ceux qui se battent chaque jour pour vivre de leur travail. Nous restons méfiants, même si les discussions se poursuivent. Nous souhaitons que les forfaits de transport passent de 13 € à 25 € comme pour les VSL. Lors des réunions de travail, nous avons soulevé des points critiques, mais l’Uncam refuse notamment de revenir sur le zonage, qui rend la situation ingérable dans certains départements, ou la mise en place de suppléments exceptionnels locaux.
Quelle dynamique impulse la FNDT ?
La FNDT est déterminée à collaborer avec les autres organisations professionnelles et à continuer de solliciter le gouvernement. De nombreux syndicats départementaux rejoignent notre fédération (OPTE27- FDT56 – SATC 14 -STLA 44, les antennes FDT75 et 37). Faire converger les aspirations de chacun représente un travail considérable. La FNDT se veut accessible et réactive face aux défis, qu’ils soient nationaux ou départementaux. Nous organisons au moins une visioconférence par mois avec tous les syndicats départementaux et diffusons des informations en continu. Nous cultivons une proximité de terrain, où chaque représentant a un contact direct avec les membres du bureau, facilitant ainsi le dialogue. La qualité de notre conseil juridique est très appréciée, car il offre un soutien précieux aux organisations départementales. Nous avons développé des partenariats opérationnels qui apportent un vrai retour sur l’investissement de la cotisation syndicale. Nous tenons à travailler en toute transparence, sans rétention d’information, et toutes nos décisions sont prises collectivement. J’invite tous les taxis à rejoindre une organisation professionnelle, car notre force réside dans notre représentativité. Nous devons rester vigilants, car le bras de fer avec l’Uncam est un combat de longue haleine et il est crucial d’anticiper l’avenir, notamment avec le développement des véhicules autonomes.
Propos recueillis par HM

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