« Une relance faussée par la concurrence déloyale», Didier Hogrel, président Fédération nationale du taxi

Les aides parviennent-elles à soutenir le secteur ? Quelles perspectives de relance ouvre le début de ce deuxième déconfinement ? Alertant des conséquences d’une suppression des cotisations sociales qui priverait les taxis de droits à la retraite, Didier Hogrel, président de la FNDT, Fédération nationale du taxi, dénonce une relance faussée par la concurrence déloyale des plateformes numériques de mise en relation.

« L’annulation des charges sociales serait une folie », alerte Didier Hogrel.

Les aides économiques soutiennent-elles efficacement les taxis ?
L’intégration des taxis à la liste S1 des secteurs les plus impactés par les fermetures administratives et les restrictions de mobilité fut un combat légitime. Nous sommes passés de rien à tout. Lors du 1er confinement, il fallait avoir perdu 80 % de chiffre d’affaires et, en octobre, 70 % pour obtenir une aide du fonds de solidarité de 1500 €. En novembre et décembre, les chefs d’entreprise indépendants peuvent obtenir jusqu’à 10 000 € de compensation pour une perte d’au moins 50 % de leur chiffre. Les PME taxi employant des chauffeurs salariés ont pu solliciter le chômage partiel mais la renégociation des prêts bancaires se fait malheureusement, quant à elle, à la tête du client. Les recours existent mais impliquent une pression supplémentaire pour les chefs d’entreprise. Enfin, qui dit report de charge dit paiement à un moment ou à un autre. Demain, les recettes ne vont pas exploser d’un coup.
Faut-il annuler les charges sociales ?
Il faut se méfier des déclarations populistes car l’annulation des charges sociales serait une folie. Comment les travailleurs indépendants vont-ils valider leurs trimestres ? Une annulation totale leur ferait perdre leurs droits à retraite et travailler un an de plus. Que se passera-t-il pour ceux qui seront en-dessous du minimum obligatoire ? Les bénéfices ne sont pas là mais nous avons travaillé ! Pour relancer à long terme l’activité des chefs d’entreprises individuelles et PME, il faudrait annuler une partie des charges sociales en conservant la part liée aux cotisations retraite.
Comment envisagez-vous la reprise de l’activité ?
Même s’il y a un sursaut dans les prochaines semaines, 2020 reste une année noire. Lorsque l’activité va recommencer, nous ne ferons toujours qu’une seule course à la fois ! Les solutions sont liées à la reprise de l’activité de la population. Il va falloir une nouvelle fois s’adapter. Les habitudes de consommation se sont modifiées. Les réunions en distanciel et le télétravail ont un impact fort sur le tourisme d’affaires et, parmi d’autres, l’aéroport d’Orly n’annonce pas de retour à la normale avant 2024… Il faut réfléchir à développer autrement notre activité et répondre davantage aux appels d’offres, encourager les partenariats avec les collectivités, amplifier la force de frappe de notre réseau par un outil numérique performant… La profession ne pourra compter que sur elle-même pour s’en sortir car la politique gouvernementale continue de favoriser la concurrence déloyale des multinationales du numérique. Notre fédération réunit des gens de terrain qui gagnent leur vie derrière leur volant, au cœur de leur petite entreprise. Les difficultés à venir doivent motiver la solidarité des taxis quels que soient leur territoire et leur parcours.
Pourquoi avez-vous saisi l’arbitrage du Premier ministre ?
Une fois de plus, le gouvernement affiche une volonté manifeste de favoritisme envers la plateforme Uber et les GAFA en général. Non content d’avoir publié deux décrets favorisant les intermédiaires ou « plateformes » moins d’un an après le vote de la loi LOM, alors que depuis 2016 la profession de taxi est toujours dans l’attente de la publication du décret de l’article 2 de la loi Grandguillaume votée démocratiquement par l’Assemblée nationale, le président de la République fait lui-même la promotion de cette plateforme privée. Associer au dispositif de lutte contre les violences faites aux femmes cette entreprise championne de l’évasion fiscale, irrespectueuse des règles de contrôle comme de conformité des chauffeurs au statut précaire qu’elle emploie en sous-traitance, est scandaleux ! C’est un déni des agressions et comportements délictueux dénoncés depuis un an par de nombreuses femmes sous le slogan #UberCestOver. C’est du mépris pour le maillage territorial assuré par tous les taxis de France, leur formation et leur savoir-faire pour la prise en charge des personnes vulnérables. L’incompréhension et la colère face à cette partialité risque, malgré la crise que nous traversons, de provoquer une nouvelle révolte des taxis. À défaut d’avoir du travail, nous irons dans la rue pour montrer notre colère !
Propos recueillis par HM

Plus d’info :
www.fndt.fr
Responsabilité sociale des plateformes : le statut de salarié en danger ! Lire la tribune

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