Sans prendre de gants !

« Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a bien raison de penser ce qu’on pense ! » raillait Guy Bedos, auteur militant du « nivellement par le haut » dont l’imagination s’est éteinte le 28 mai dernier. Si le pays est passé en phase 2 du déconfinement, de nombreux indicateurs sont au rouge et les promesses d’un monde d’après semblent se diluer dans un état d’urgence qui ne craint pas les incohérences.
Pourtant identifiés avant la pandémie comme les mauvais élèves de la mobilité et des engagements écologiques, certains secteurs semblent récolter le beurre et l’argent du beurre. En pleine définition d’un plan de relance aérien qui engagerait près d’une dizaine de milliards d’euros, Ben Smith, le patron d’Air France, s’est vu octroyer un bonus de 768 000 euros au motif de « droit acquis pour performance passée ». Et alors que Renault annonce la suppression de près de 5 000 emplois en France malgré le soutien du gouvernement au secteur automobile, son sulfureux ex-patron, Carlos Ghosn, a consenti du bout des lèvres à suspendre provisoirement la procédure judiciaire par laquelle il réclame 250 000 € d’indemnité de départ pour une carrière rémunérée près de 15 millions d’euros par an !
Du côté des licornes du numérique, c’est un festival de voies de fait ! La plus célèbre d’entre elles, Uber, chantre du travail dit « collaboratif », a licencié en quelques minutes et par vidéoconférence 3 500 de ses employés. Pour ses « partenaires » conducteurs, elle implore les pouvoirs publics de l’exonérer de ses responsabilités sociales afin de ne pas briser la coquille vide de sa rentabilité. Après s’être répandue à longueur de médias sur les vertus écologiques et solidaires de son modèle économique, la marque n’a pas hésité à faire détruire des dizaines de milliers de bicyclettes rouges suite à l’échec commercial de sa location de vélos sur la voie publique.
Dans un essai paru en mars dernier, quatre chercheurs en sciences sociales nous invitent à nous « désubériser » afin de « reprendre le contrôle de notre destin collectif, face à la puissance des nouveaux acteurs du numérique »… Contre le virus de l’ubérisation, il appartient là aussi, sans doute, à chacun d’appliquer les gestes barrières afin d’éviter la déconfiture de notre économie.

Hélène Manceron
A lire : « Désubériser, reprendre le contrôle », Franck Bonot, Odile Chagny, Mathias Dufour & Florian Forestier, 2020 – Editions du Faubourg

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