Va te faire livrer…

Distinguant, après l’engagement des soignants, celui « des routiers, livreurs, électriciens, manutentionnaires, caissiers et caissières, nos éboueurs, personnels de sécurité et de nettoyage… », le président de la République a rappelé lors de son allocution du 13 mars dernier « que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Pourtant, alors que se prolongent les mesures de confinement, les travailleurs des plateformes redoutent plus que jamais d’être sacrifiés sur l’autel de la Gig Economy. « On est « en guerre », et les gens se font livrer du Ben & Jerry’s ou des Kinder Buenos parce que #UberEats offre les frais de livraison ! » dénoncent les représentants des livreurs tandis que les plateformes multiplient les promotions et encouragent les achats.
Alors que plusieurs cas de Covid-19 ont été confirmés, le malaise grandit dans les entrepôts d’Amazon. Manque de gel hydroalcoolique, non-respect de la distanciation sociale, absence de masques… Sur son site de Lauwin-Planque (59), l’appendice français du géant américain d’e-commerce fait face à la fronde de ses employés réduits à exercer leur droit de retrait pour éviter la contamination mortelle. Syndicats et personnalités publiques ont beau réclamer la fermeture des services et des commerces de détail « non essentiels », c’est bien le tribunal judiciaire de Nanterre qui vient de mettre la plateforme face à ses responsabilités en lui ordonnant d’établir une évaluation des risques et de restreindre son activité aux seuls produits essentiels sous peine d’une sanction d’un million d’euros par jour de retard et par infraction constatée. Pour se défendre, la multinationale invoque le rôle social de son business, considérant que livres, jeux vidéo, DVD, albums de musique, jouets, produits high tech, informatique, décoration et autres ustensiles de jardinage sont de première nécessité pour les confinés, creusant ainsi au passage le clivage social entre préparateurs, livreurs et livrés.

Hélène Manceron

Photo de couverture Do You Speak Taxi ?

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