Un Salon pour l’avenir du taxi – M. Szperling, organisateur du Salon des taxis

Avec plus de 4700 chauffeurs de taxi venus de la France entière lors de l’édition 2015, le salon est l’un des temps forts de la profession. Organisé tous les deux ans, il lui offre une tribune privilégiée. Partenaire fidèle, le commissaire de l’exposition, Marc Szperling, partage avec nous ses impressions pour cette nouvelle édition.

Marc Szperling, Delling Expo, organisateur du Salon des Taxis.

Marc Szperling, Delling Expo, organisateur du Salon des Taxis.

Quel sentiment avez-vous de l’évolution du secteur ?

L’impression générale de la profession est d’avoir été roulée dans la farine. Même si les taxis ont été écoutés et entendus, la situation reste la même, ce qui pose des questions sur le rôle de leur tutelle. Seuls les Boers semblent avoir fait le peu qu’ils pouvaient. Certes la tutelle n’a pas été inactive avec une feuille de route gouvernementale et des propositions de loi mais tout compte fait, le résultat est une augmentation démesurée des autres transporteurs du T3P. Quand je vois, en cette fin décembre 2016, que c’est le ministère des Transports qui tente d’instaurer une médiation entre les VTC ubérisés et leurs plates-formes, je m’interroge… Les deux partenaires sont liés par un contrat commercial, pourquoi n’est-ce pas le secrétariat d’État au Commerce qui s’en est chargé ? Alors que la publicité d’Uber continue de s’afficher dans le métro parisien, l’administration met au même niveau les chauffeurs placés sous sa tutelle et les autres. Au-delà de l’application de la loi, son rôle aurait été de faire face au pouvoir de l’argent en limitant le champ d’exercice des concurrents déloyaux au profit des taxis qui sont précisément placés sous sa tutelle. Sans doute par manque de moyens ou par empressement à calmer les esprits, la gestion de tout cela aboutit à une situation encore provisoire où les VTC auront les mêmes obligations que les taxis pour pouvoir exercer et créer une concurrence de fait. Gageons que les choses évolueront encore.

La tutelle des taxis est-elle seule responsable ?

Sans corporation structurée face à elle, compliqué pour les pouvoirs publics d’exercer leur tutelle. On peut néanmoins comprendre les difficultés pour les taxis de s’unir, c’est un problème structurel de la profession : ils sont d’abord tous concurrents sur un même territoire, contrairement au fantasme d’une « mafia des taxis » répandu dans le grand public. En outre, il est à déplorer qu’il n’y ait pas d’organisation plus unifiée dans le taxi. Il est sûrement dommageable qu’il n’existe pas de centrale d’achats bénéficiant à l’ensemble des chauffeurs de taxi sur le territoire métropolitain, ou encore que des élections professionnelles n’aient pas encore désigné des représentants légitimés par la majorité des professionnels des trois corps qui représentent la profession du taxi : hyper-urbains, ruraux et un troisième que j’ai du mal à définir d’un terme unique mais qui regrouperait ceux qui n’appartiennent pas aux deux premiers cités. Le rôle de l’État est d’aider les taxis à avoir un réseau cohérent capable de satisfaire la demande individuelle de transport tout le temps et sur tout le territoire ainsi que de faire face à toute concurrence déloyale ou illicite. On a créé aujourd’hui un observatoire national où seront notamment représentés les consommateurs mais si l’État n’anime pas cette représentation, les chaises pourraient rester vides et les réunions sans objectifs clairs.

Comment réagit le marché ?

La dynamique d’un secteur économique repose sur la confiance entre les différents acteurs, or le marché manque de visibilité. Les fournisseurs ne savent pas où va la profession à cause de l’incertitude générée par le développement si rapide des VTC et l’apparente incapacité de la tutelle à la contrôler dans un délai nécessaire à l’exercice législatif et réglementaire. Du coup la confiance s’érode et le plateau exposants avec ! L’absence de stand cette année pour Peugeot et pour Citroën n’est pas un bon signe. Michelin sera en revanche présent pour la première fois mais de façon très mesurée compte tenu des 60 000 taxis qui utilisent près de 4 paires de pneus par an, sans compter les pneus spéciaux obligatoires pour certains chauffeurs… Tout cela témoigne d’un manque de perspective et de sérénité. Je crois pourtant que le taxi dispose de nombreux atouts face à n’importe quelle concurrence et que l’État français peut et doit reprendre l’initiative pour sortir le secteur par le haut de cette très mauvaise passe. Le Salon des taxis est une rare occasion de fédérer régulièrement tous les acteurs de ce secteur professionnel et un lieu propice à l’échange. Espérons que les chauffeurs comprendront l’intérêt collectif qu’ils auront à visiter le salon et ainsi montrer à tous un côté très positif de la profession de taxi.

Propos recueillis par HM

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