Réglementation : Loti, c’est du lourd !

« Capacitaires », « VLTP», « TPRCP » ou encore « Loti » – en référence à la Loi d’Orientation des Transports Intérieurs de 1982 –, ces appellations désignent le même régime juridique de transporteur. Créé à l’origine afin d’organiser le transport pour le compte des collectivités et de l’État, il est aujourd’hui utilisé pour exercer, en toute illégalité, une activité similaire à celle des VTC. Un dévoiement réglementaire qui aiguise les tensions sur la voie publique.

Les Loti sont reconnaissables par leur macaron sur le pare-brise avant.

Les Loti sont reconnaissables à leur macaron obligatoire apposé sur le pare-brise.

Définition
Sous la tutelle du ministère des Transports, les « Loti » sont des véhicules légers de transport occasionnel. Identifiables grâce à leur macaron – actuellement aisément falsifiable –, ces transporteurs publics routiers collectifs de personnes au sens des articles L. 3112-1 et suivants du code des transports peuvent proposer une offre de services « occasionnels » comme à l’occasion d’une manifestation publique sportive ou culturelle ainsi qu’organiser un service régulier de transport de personnes répondant à un itinéraire et des horaires fixés à l’avance, tel le ramassage scolaire. Effectuant leur service avec des véhicules de moins de dix places, ils ont pour vocation à transporter des groupes constitués d’au moins deux personnes, à l’exclusion du chauffeur… Ils doivent détenir à bord une copie conforme de la licence de transport intérieur dont ils bénéficient, pouvoir présenter le billet de groupe attestant des conditions de prise en charge des clients qu’ils transportent ainsi que souscrire une assurance spécifique pour le transport de personnes à titre onéreux.
Évolution réglementaire
Bénéficiant de conditions d’accès allégées par rapport à celles de taxi et même des VTC, les Loti sont devenus les chouchous des applications numériques. Uber et consorts ont donc incité leurs postulants à user de ce régime juridique quitte à le détourner en pratique ! À défaut d’un recensement officiel, les estimations disponibles sont vertigineuses : 70 000 véhicules en 2015 avec une augmentation majoritairement concentrée en milieu urbain de 50 000 véhicules entre 2009 et 2015 ! Concurrence déloyale et risques de trouble à l’ordre public ont donc incité le gouvernement à recadrer cette activité. En attente d’examen par le Sénat, la proposition de loi relative à la régulation, à la responsabilisation et à la simplification du secteur dissocie l’offre de mobilité en milieu urbain et rural. Soulignant la complémentarité des Loti aux transports publics collectifs en ruralité, elle leur interdit désormais tout activité dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, à la grande déception des plates-formes. S’ils désirent exercer en milieu urbain, les chauffeurs Loti devront s’enregistrer comme VTC.

Le nombre de "Loti" aurait augmenter de 50 000 véhicules entre 2009 et 2015.

Le nombre de « Loti » aurait augmenté de 50 000 véhicules entre 2009 et 2015.

Deux véhicules
Sans numerus clausus de véhicules affrétés ni restriction géographique, la capacité Loti est également compatible avec les cartes professionnelles de taxi et de VTC. Une faculté qui n’a pas échappé à Uber ! Soucieux de maintenir une flotte de chauffeurs qui ne cesse de s’effriter, la multinationale déploie de nombreux efforts pour inviter les taxis parisiens, après les avoir dénigrés, à devenir ses partenaires. Une alternance des statuts difficile à mettre en pratique car aux termes de l’article R 3122-7 du code des transports, l’utilisation d’une voiture de transport « munie de tout ou partie des équipements spéciaux […] de nature à créer une confusion avec un véhicule de taxi » est interdite. Alors, plutôt que de demander à ses chauffeurs multicartes de s’équiper d’un second véhicule, Uber semble se satisfaire d’une simple dissimulation des équipements. Une interprétation des textes qui risque de donner lieu à de nouvelles batailles juridiques !
HM
Plus d’info :
Code des transports /// article L. 3112-1
Code des transports /// article R 3122-7