Enquête : Taxis, VTC, Paris saturé – JC. Simon, président de FACTA

Afin d’alerter sur les conséquences de la non-application de la loi du 1er octobre 2014 et les limites à la dérégulation du secteur du Transport Public Particulier de Personnes – dit « T3P » –, la Gescop, la FNTI, l’UNIT et la CSNERT, représentant taxis et VTC, ont mis en commun leurs moyens et missionné la société FACTA, spécialisée dans l’étude statistique et l’analyse économique. Révélant la spécificité du marché des T3P, l’enquête s’attache à évaluer le potentiel du secteur. Commentaires du directeur d’enquête, Jean-Charles Simon.

Jean-Charles Simon, président de FACTA

Jean-Charles Simon, président de FACTA

De quelle fiabilité peut se prévaloir votre analyse ?
Contrairement à Londres et New York, nous ne disposions que de peu de données sur le marché parisien. L’étude réalisée est inédite car nous avons pu accéder à des données jusque-là confidentielles. Nous avons pu confronter les données publiques de l’INSEE et de l’administration ainsi que celles que nous ont communiquées des acteurs du secteur afin d’évaluer l’offre et la demande de T3P. Quand nos détracteurs se satisfont de déclarations d’intention de consommateurs acquis ou communiquent sur des résultats établis à partir de méthodologies absurdes, l’enquête FACTA étudie les déplacements, le nombre de courses réellement effectuées ainsi que le chiffre d’affaires qu’elles représentent. La comparaison instruite avec les cas londoniens et new-yorkais permet aussi de prendre du recul vis-à-vis de la situation parisienne ainsi que de conforter notre analyse de façon générale.
Que faut-il en retenir ?
L’atrophie de l’offre des taxis parisiens, dénoncée par ses détracteurs afin de s’implanter, repose sur l’utilisation fallacieuse de données et des comparatifs internationaux biaisés. Contrairement aux déclarations de certains, l’activité des T3P est aujourd’hui stagnante dans ces grandes métropoles et engendre un phénomène de substitution entre l’offre des taxis et celle des VTC et/ou Loti. La conséquence est une paupérisation de l’ensemble des producteurs de déplacements. La substitution se fait au profit des VTC grâce à leur compétitivité tarifaire face à des tarifs réglementés ainsi qu’à leur capacité à contourner les réglementations et les prélèvements obligatoires. Le croisement des données a également permis d’identifier que taxis et VTC ont des profils sociaux similaires. Au-delà de la saturation du marché parisien, notre analyse révèle les spécificités du secteur. À la différence d’autres secteurs, le client des T3P évite de multiplier sa consommation. Autre particularité, ce service repose sur l’utilisation de la voie publique, une ressource rare. Bien qu’à chaque ville corresponde un marché du T3P différent, un modèle se dégage au niveau international, partageant le secteur entre la maraude et les stations d’une part et la réservation de l’autre. Il comprend un service de taxi contingenté et aux tarifs encadrés, et un secteur plus libre de la réservation. Avec beaucoup de points communs entre les pays, partout, des contraintes sur les antécédents judiciaires.
Quelles perspectives pouvez-vous dégager ?
À Paris, le marché du T3P est saturé. Loin d’être « ringarde », la régulation du secteur est légitime et indispensable par souci de sécurité publique, de protection du consommateur et de viabilité du secteur. D’autre part, les plates-formes de mise en relation peuvent être source de monopoles. Économiste s’inscrivant dans la tradition libérale, je réfléchis sur leur rôle dans notre société. Le développement d’un monopole naturel dans l’intermédiation d’une offre et d’une demande atomisée, favorisée par la technologie numérique, est indéniable. C’est le pari des investisseurs d’Uber qui misent sur ce potentiel monopolistique futur. Sans quoi une telle valorisation serait inconcevable et ne pourrait s’expliquer par une technologie finalement similaire à celle de ses concurrents. Alors que l’usage et la possession de véhicules particuliers vont en diminuant, le taxi est une activité irremplaçable. Les acteurs du secteur doivent rester convaincus de la force de leur offre. Malgré les difficultés, un consensus pour l’intérêt général finira par s’imposer, que ce soit pour des raisons de circulation, de sécurité publique ou d’écologie. La solution réside dans la technologie sur laquelle le régulateur va pouvoir s’appuyer pour faire respecter le cadre réglementaire.
HM

Plus d’info
Synthèse de l’étude
Etude, version française
Etude, english version

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