100% Édito : Tous en colère, et après ?

Installée dans mon taxi, j’interroge mon chauffeur histoire de prendre le pouls de la ville. « En ce moment, c’est la fièvre automnale ! » me répond-il avec un sourire. « Entre manifestations, tensions dans certains quartiers et circulation perturbée, les journées sont compliquées. En gare, l’affluence a même connu un pic en cette fin de vacances scolaires, quand les familles ont pris le week-end. » Après un silence, il reprend, plus grave : « Je comprends les manifestants, les forces de l’ordre, tous ceux qui sont épuisés de se débattre dans une société où plus rien ne semble fonctionner. » Il évoque le combat des taxis, mobilisés depuis des années contre la concurrence déloyale des VTC et de leurs plateformes, mais aussi leur inquiétude des effets négatifs des nouvelles dispositions de la convention-cadre du transport de malades et de leurs conséquences sur l’accès aux soins. Les agriculteurs se battent pour préserver leurs exploitations et notre sécurité alimentaire, les soignants alertent, les pompiers réclament des moyens. Tous partagent une même exigence : pouvoir exercer leur métier dignement et en vivre.
Convergence des colères ou addition des détresses ? Le 5 novembre prochain, une grève doit réunir des salariés du public comme du privé autour de revendications portant sur les salaires, l’emploi, les services publics et l’industrie sur fond de vie chère. Mais ce mouvement organisé par les syndicats saura-t-il entraîner la jeunesse, notamment cette génération Z qui revendique faire entendre sa voix autrement, parfois loin des formes traditionnelles de mobilisation ?
Je relance mon chauffeur : « Et vous, serez-vous en grève le 5 novembre ? » Il hésite. « On verra si l’institutrice de ma fille fait grève. Je ne peux pas me permettre de perdre une nouvelle journée de travail. Je pensais afficher un visuel de solidarité sur mes portières… On verra s’il pleut ! » conclut-il en riant.
Comment défendre ses droits quand chaque journée sans travailler fragilise un peu plus son entreprise ? Pour beaucoup, la mobilisation se heurte à une équation difficile : faire entendre sa colère sans mettre en péril son activité et le service au public. Alors, grève, solidarité affichée ou poursuite du travail, chacun cherche sa manière de faire entendre sa voix. Finira-t-elle par être entendue ?
Hélène Manceron

Feuilleter l’édition n°333 de 100% NEWS TAXIS

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