100% Édito : Entretien des routes, angle mort de la mobilité

À la sortie du train, dans la gare déserte, la nuit est déjà tombée. Une lumière attire mon regard : un taxi attend en station. Rassurée, je m’approche. Il m’ouvre la portière, range ma valise et démarre. La route s’étire dans l’obscurité, éclairée çà et là par quelques fenêtres. Soudain, le chauffeur ralentit. Je scrute la nuit, persuadée qu’un animal vient de traverser devant nous.
« Ne vous inquiétez pas. C’est juste un gros nid-de-poule. Si je passe trop vite, je peux y laisser un pneu… ou le bas de caisse. » Quelques centaines de mètres plus loin, nouveau ralentissement, puis un autre. À certains endroits, la départementale ressemble davantage à un chemin forestier qu’à un axe de circulation. « La route était déjà bien abîmée, mais la canicule de cet été n’a rien arrangé », s’en excuse presque mon chauffeur. En plus du prix du carburant, la route coûte. Elle coûte en pneus, en suspensions, en carrosserie, en réparations. Elle coûte du temps lorsque le chauffeur doit ralentir, emprunter un itinéraire plus long. Elle coûte encore beaucoup plus cher lorsqu’un véhicule immobilisé signifie, pour un taxi, une journée de travail perdue. Pour les taxis, la chaussée est une composante directe de l’économie de leur entreprise. La France dispose pourtant d’un patrimoine routier considérable, plus d’un million de kilomètres. Mais son entretien constitue depuis plusieurs années un véritable sujet de préoccupation. Après avoir longtemps occupé les premières places, la France a chuté en 2019 au 18e rang du classement mondial de la qualité des routes. Dans son rapport de 2022, la Cour des comptes faisait état d’une dégradation progressive du patrimoine routier et pointait les difficultés liées à la fragmentation des responsabilités et au manque de programmation à long terme. Alors, au moment où le gouvernement cherche à redresser les comptes publics, une question s’impose : quelle place restera-t-il pour les infrastructures du quotidien ? Derrière une ligne budgétaire, il y a une route, derrière cette route, des entreprises. Et derrière ces entreprises, des femmes et des hommes qui prennent leur véhicule chaque jour pour transporter leurs clients, parfois de nuit, parfois sous la pluie, parfois sur des dizaines de kilomètres de chaussée déformée.
À l’heure où les pouvoirs publics demandent aux taxis de verdir leurs véhicules et de répondre à de nouvelles exigences réglementaires, encore faudrait-il leur permettre de rouler sur des routes… qui tiennent la route !


Hélène Manceron

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