Plus l’été avance, plus les paysages de l’Hexagone virent du jaune au brun. Les forêts semblent déjà avoir revêtu leurs couleurs d’automne alors que nous ne sommes qu’au cœur du mois d’août. L’été caniculaire que traverse la France, combiné à un déficit de pluie installé depuis plusieurs mois, a plongé le pays dans la sécheresse. Au 1er août, plus de 1300 cours d’eau étaient déjà totalement asséchés. À la veille de ce 15 août, près de 70 % du territoire fait l’objet de restrictions d’usage de l’eau. Une réalité qui dépasse désormais le simple épisode climatique pour devenir un défi économique, social et environnemental. Les conséquences se font sentir partout. Les agriculteurs alertent sur des récoltes précoces, des rendements en baisse et des cultures impossibles à implanter. Après les mégafeux qui ont marqué ce début d’été, la sécheresse menace à son tour d’alourdir la facture. En 2022, la sécheresse historique avait coûté plusieurs milliards d’euros. Nos paysages, notre biodiversité, notre alimentation et, in fine, notre pouvoir d’achat risquent d’en payer le prix.
Les spécialistes rappellent que certains événements extrêmes constituent parfois des points de bascule irréversibles. Lorsque les rivières disparaissent, lorsque les sols se craquellent et que les espèces peinent à survivre, c’est tout un équilibre qui vacille. Face à cette réalité, chacun tente modestement d’agir à son échelle. Des pêcheurs sauvent les poissons prisonniers de cours d’eau à l’agonie. Des particuliers installent des abreuvoirs dans leurs jardins, sur leurs terrasses ou leurs balcons pour offrir quelques gouttes de répit à la faune sauvage.
Sur les réseaux sociaux, un chauffeur partage la vidéo réalisée par un de ses collègue taxi. Dans une station de lavage, le chauffeur termine le nettoyage de son véhicule lorsqu’un chevreuil surgit. L’animal est assoiffé, il lèche désespérément les quelques traces d’humidité sur le béton oubliant jusqu’à sa peur de l’homme. Le chauffeur observe la scène, descend de son véhicule, insère quelques pièces dans la borne et active le programme de rinçage. D’abord, il tente de créer une flaque. Mais l’eau se mêle aux résidus de produits d’entretien. Alors, avec précaution, il dirige le jet vers l’animal. Le chevreuil ne fuit pas. Il ferme presque les yeux, goûte à cette fraîcheur inespérée et se lèche les babines sous cette pluie improvisée.
Cette scène ne changera pas le climat ni ne fera revenir la pluie. Pourtant, dans une époque où les chiffres alarmants se succèdent et où les catastrophes semblent régulièrement nous dépasser, elle rappelle que l’attention portée au vivant est précieuse. En permanence sur les routes, les taxis voient, avant beaucoup d’autres, les paysages changer, les villages manquer d’eau, les fumées des incendies assombrir l’horizon. Ils transportent des clients, mais aussi des histoires, des inquiétudes et parfois des élans de solidarité. En plus de l’eau donnée au chevreuil, notre chauffeur nous offre une leçon de bienveillance et un rappel salutaire que les grands défis commencent souvent par de petits gestes.
Hélène Manceron
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