Gare du Nord : Les taxis refusent de se faire enterrer

Le 16 juin 2026, les taxis parisiens se sont mobilisés à l’appel de la CGT, de la FDT 75, de FO et de LUT devant la Gare du Nord pour dénoncer le projet de réaménagement de la première gare d’Europe. Au cœur des inquiétudes : le déplacement de la principale station de taxis vers le parking souterrain Effia. Une décision que la profession juge incompatible avec les exigences du service public du taxi.

Une opposition unanime
Pour les organisations syndicales, ce projet, prévu pour janvier 2027, constitue une dégradation majeure de l’accès aux taxis pour les voyageurs. Elles dénoncent un dispositif qui pénaliserait en premier lieu personnes âgées, personnes à mobilité réduite, familles avec enfants et voyageurs chargés de bagages. Elles estiment également que la configuration retenue est inadaptée aux réalités du terrain. L’accès principal prévu par la rue de Compiègne est considéré comme un véritable goulet d’étranglement, incapable d’absorber les quelque 350 taxis par heure nécessaires lors des périodes de forte affluence. À ces difficultés s’ajoutent les contraintes techniques du parking souterrain : une hauteur limitée à 1,98 m par la rue de Compiègne ou 2,08 m par la rue de Maubeuge, l’exclusion des véhicules à hydrogène, des ascenseurs jugés trop exigus, des escalators régulièrement en panne et l’absence de visibilité de la station depuis les quais de la gare. Tout pour favoriser les chauffeurs clandestins au détriment des taxis !
Des mesures inacceptables
Les organisations professionnelles dénoncent également l’interdiction faite aux taxis d’emprunter la rue de Dunkerque entre les rues de Saint-Quentin et de Compiègne, les vidéo-verbalisations quotidiennes pour circulation en sens interdit entraînant une amende de 90 € et le retrait de quatre points ou pour avoir simplement déposé les clients aux abords de la gare. Pour la profession, ces mesures dégraderaient à la fois les conditions de travail des chauffeurs et la qualité du service offert aux voyageurs, avec des temps d’attente allongés pour les passagers et des courses potentiellement plus coûteuses.
Une mobilisation qui a ouvert le dialogue
Lors d’une première réunion avec la Ville de Paris à l’issue de la manifestation, la municipalité s’est déclarée prête à réexaminer l’interdiction de circulation des taxis rue de Dunkerque. En revanche, elle n’a pas abandonné le principe d’un passage par le sous-sol, alors que les organisations syndicales ont réaffirmé leur opposition totale à une station de prise en charge souterraine. Dans un esprit de dialogue, elles ont toutefois proposé une solution alternative consistant à utiliser le parking Effia uniquement comme zone de dépose, sous plusieurs conditions : réserver exclusivement la rue de Compiègne aux taxis et aux riverains, installer un système de lecture automatique des plaques d’immatriculation des taxis, sur le modèle des aéroports, remplacer le portail actuel par une barrière à ouverture rapide et maintenir une zone de dépose en surface rue de Dunkerque pour les vans PMR.
Une expérimentation sous conditions
Lors d’une réunion organisée le lendemain en présence de la préfecture de police, de la Ville de Paris, de la mairie du 10e arrondissement, de la SNCF et de la RATP, plusieurs avancées ont été enregistrées. Le principe d’une expérimentation de dépose en sous-sol a été accepté, aux conditions avancées par les organisations syndicales taxis. En parallèle, plusieurs demandes de la profession sont désormais à l’étude : le retour de l’ancienne station située face au RER ; la transformation de l’actuelle station de quatre places en zone de dépose ; la création d’une station sur la rampe d’accès à la gare routière ; la suppression du sens interdit rue de Dunkerque et la création d’une station sur le parvis de la Gare du Nord, place Napoléon III.
Tolérance zéro
Autre point important : les représentants municipaux ont reconnu les difficultés engendrées par les VTC aux abords de la gare, qui seraient responsables d’environ 70 % des nuisances liées aux arrêts et stationnements irréguliers, et envisage un renforcement des contrôles et des verbalisations. Toutefois, les autorités ont été claires : si les taxis ne respectent pas les règles de dépose et de prise en charge, elles pourraient revenir à leur projet initial de station unique en sous-sol. En attendant la reprise des échanges en septembre, les organisations syndicales ont tenu à remercier l’ensemble des chauffeurs présents sans oublier de rappeler, comme Békir, président de la FDT 75 : « Restons en alerte, car sans rapport de force, aucun résultat. »

HM

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