À l’occasion du 82e congrès de la Fédération nationale des artisans du taxi, organisé du 28 au 30 mai 2026 à Aix-les-Bains, les représentants départementaux de la fédération se sont réunis pour échanger sur les grands défis de la profession. Réélu pour un nouveau mandat à la présidence de la FNAT, Bernard Crebassa revient sur ce rendez-vous marqué par des débats constructifs, l’arrivée d’une nouvelle génération de responsables et les nombreux défis économiques, technologiques et réglementaires auxquels la profession est confrontée.
Quel bilan tirez-vous de la nouvelle convention sur le transport de malades ?
Le bilan est préoccupant. Depuis l’entrée en vigueur de la convention signée en novembre 2025, les volumes de transport sanitaire ont augmenté de plus de 10 %, tandis que les remboursements ont diminué de 11 %. Concrètement, les taxis conventionnés transportent davantage de patients mais sont moins bien rémunérés. Nous avions alerté depuis longtemps sur les limites de cette réforme et les difficultés qu’elle allait engendrer. Aujourd’hui, même l’Assurance maladie reconnaît certaines carences et envisage des ajustements tarifaires. Mais dans les faits, de nombreuses entreprises, notamment en milieu rural, connaissent déjà des difficultés de trésorerie et certains établissements de santé peinent à trouver des transporteurs disponibles. À cela s’ajoute l’arrivée prochaine de plateformes de gestion des transports sanitaires qui pourraient profondément remettre en cause « le libre choix » des patients.
Quel constat avez-vous partagé sur l’activité et les effets de la concurrence déloyale ?
L’activité traditionnelle des taxis reste fragile, pénalisée par une baisse durable des déplacements, un tourisme en demi-teinte et un contexte économique qui incite les clients à limiter leurs dépenses. Cette situation complique les investissements et les transmissions d’entreprises. Par ailleurs, les contrôles menés par les préfectures ont confirmé l’existence de fraudes et du travail illégal dans le secteur, soulignant l’importance d’une concurrence équitable. Nous nous inquiétons également du développement d’autres formes de concurrence, notamment certaines associations de transport financées par des fonds publics en milieu rural. Malgré les nouvelles mesures de lutte contre la fraude, la profession demeure vigilante face aux pratiques qui contournent la réglementation.
Quel regard portez-vous sur l’arrivée des véhicules autonomes ?
Le sujet suscite beaucoup d’interrogations. En milieu rural, leur déploiement paraît encore éloigné, notamment en raison des infrastructures numériques. En revanche, dans les grandes agglomérations, nous observons cette évolution avec la même vigilance que lors de l’arrivée des VTC. Notre principale inquiétude concerne l’impact sur l’activité des taxis et sur l’emploi. La France n’a pas encore clairement défini son modèle de développement, mais certains scénarios envisagent déjà que des particuliers puissent mettre leur véhicule autonome à disposition lorsqu’ils ne l’utilisent pas. Cela pourrait créer une nouvelle forme de concurrence et remettre en question une partie de notre activité. Il faudra aussi répondre à une question essentielle : quel accompagnement sera proposé aux chauffeurs et aux entreprises si cette technologie se développe à grande échelle ?
Quelles sont aujourd’hui les principales préoccupations des entreprises de taxi ?
Les défis sont nombreux. Malgré les revalorisations salariales obtenues dans le cadre du dialogue social, la rentabilité de nombreuses entreprises reste fragile. Les coûts augmentent, les marges diminuent et les investissements deviennent plus difficiles. La transition énergétique constitue également un enjeu majeur. Les aides publiques existent mais ne compensent pas totalement le coût des véhicules électriques ni celui des infrastructures de recharge. Sur de nombreux territoires, les bornes restent insuffisantes, y compris autour des établissements de santé. Les professionnels doivent donc composer avec des contraintes nouvelles qui compliquent l’organisation du travail et la continuité du service.
Pourquoi la suppression de le.Taxi vous inquiète-t-elle ?
le.Taxi était un outil de régulation important pour la profession. Cette plateforme contribuait à encadrer la géolocalisation, la maraude électronique et le respect de certaines règles de fonctionnement. Sa disparition risque de créer un vide réglementaire dont certaines plateformes pourraient profiter. Nous craignons que cela ne favorise des pratiques contournant les règles de tarification ou de prise en charge. Au-delà de ces enjeux, il est difficile de comprendre qu’un projet lancé en 2014 pour moderniser et protéger la profession soit abandonné après plusieurs années d’investissement public.
Comment la FNAT accompagne-t-elle les professionnels face à ces évolutions ?
La FNAT poursuit sa modernisation pour être au plus près des adhérents. Nous avons lancé une application nationale qui centralise les informations réglementaires, les ressources juridiques et les actualités utiles à la profession. Nous renforçons également notre présence sur les réseaux sociaux afin de mieux informer les professionnels, mais aussi de sensibiliser les élus, les institutions et le grand public aux réalités du métier. Notre objectif est de défendre la profession, de valoriser son rôle au service des usagers et de préparer l’avenir dans un contexte de profondes mutations.
Propos recueillis par HM








