Taxis : Aides d’urgence, transport partagé et bras de fer contre Uber

Alors que la hausse des prix des carburants continue de fragiliser l’activité, les taxis doivent aussi faire face à l’offensive grandissante des plateformes VTC. Réunis au ministère des Transports puis dans plusieurs groupes de travail avec l’Assurance maladie, les fédérations restent attentives à l’impact des projets sur la réalité du métier. Soutien économique, avenir du transport partagé, encadrement des plateformes et défense du modèle taxi : ces dernières semaines confirment à nouveau que la profession est confrontée à des enjeux économiques, réglementaires et concurrentiels majeurs.

Réunion ministérielle sur la crise des carburants
Réunies le 14 mai au ministère des Transports, les principales fédérations de taxis – FNAT, FNTI, FNDT, UNIT et UNT – ont échangé avec le ministre Philippe Tabarot sur les conséquences de la flambée des prix des carburants pour la profession. Face aux difficultés économiques rencontrées par les chauffeurs, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures de soutien immédiat. Parmi elles figure l’accélération du remboursement de la TICPE dès le mois de juin pour les trois mois suivant le déclenchement du conflit à l’origine de la hausse des coûts énergétiques. Cette mesure vient s’ajouter aux dispositifs déjà disponibles : reports de cotisations sociales et fiscales, prêt « Flash carburant » de Bpifrance et aides destinées aux gros rouleurs. À plus long terme, l’exécutif affirme vouloir renforcer l’équité dans le secteur et poursuivre la transition écologique des taxis. Le ministre a notamment évoqué plusieurs dispositions du futur projet de loi contre les fraudes, destinées à mieux contrôler les faux professionnels et les pratiques irrégulières des plateformes VTC. Il a également assuré vouloir améliorer l’accès aux bornes de recharge. Lors de cette réunion, les fédérations ont rappelé que la profession subit un double impact : l’explosion des coûts de carburant et l’absence de revalorisation des tarifs de transport sanitaire fixés par l’Assurance maladie. Autre dossier sensible abordé : les prestations d’assistance. Les représentants des taxis ont alerté sur les conséquences de la hausse des carburants sur la rentabilité de ces missions. Selon le compte rendu de la FNDT, la profession a obtenu le principe d’une table ronde organisée sous l’égide de Bercy et du médiateur des entreprises avec le GIE des assisteurs et le groupe Covéa afin d’engager des discussions sur l’évolution des conditions tarifaires.
À fond pour les transports partagés
Le 6 mai dernier, les fédérations de taxis ont participé à des groupes de travail organisés par l’Uncam et consacrés au développement du transport partagé par taxi. Selon le compte rendu de la FNTI, l’objectif affiché par l’Assurance maladie est clair : pousser les taxis conventionnés à augmenter ce type de transports. Selon l’Uncam, à la fin mars 2026, le taux de transport partagé atteignait 14 % chez les taxis contre 24,7 % chez les VSL. Pour développer les transports partagés, l’Uncam envisage plusieurs mesures structurantes. Un système de bonus-malus pourrait entrer en vigueur dès 2027 avec un suivi trimestriel des entreprises. Les structures réalisant moins de 5 % de transports conventionnés en partagé seraient pénalisées financièrement. À l’inverse, celles affichant des taux plus élevés pourraient bénéficier d’une redistribution partielle des économies réalisées par l’Assurance maladie. Le projet prévoit également le développement de plateformes nationales interconnectées chargées d’organiser les flux de transport de patients. En parallèle, un dispositif de géolocalisation des véhicules conventionnés reste à l’étude. L’Uncam privilégierait l’installation d’un boîtier spécifique
dans les véhicules afin de suivre les trajets réalisés. Ces orientations suscitent toutefois de fortes réserves chez les représentants de la profession. Après trois réunions de travail, la commission des affaires sociales de la FNTI estime que les discussions révèlent une méconnaissance des réalités du transport sanitaire, où les patients seraient considérés comme de simples « flux », sans prise en compte de leur état de santé ni des contraintes quotidiennes des chauffeurs conventionnés.
Mobilisés contre Uber
Face à l’intensification du recrutement de chauffeurs de taxi par Uber, plusieurs organisations syndicales parisiennes ont décidé de monter au créneau. L’ATCV 94, la CSLVA, la CFTC Taxis, la FDT 75, la FTI 75, la Gescop, LUT, FO et l’UNT 75 ont publié un communiqué commun pour mettre en garde la profession contre ce qu’elles qualifient de « stratégie de prédation ». Pour les syndicats, l’ouverture affichée par Uber envers les taxis cacherait en réalité une volonté d’aligner progressivement leur activité sur le modèle économique imposé aux chauffeurs VTC. Ils dénoncent un système marqué par des revenus instables, une perte d’autonomie et une hausse continue des commissions prélevées par la plateforme. Les organisations rappellent que ces commissions seraient passées de 10 % au lancement de l’application à près de 45 % aujourd’hui. Les représentants du taxi parisien appellent les pouvoirs publics à faire respecter strictement la réglementation qui distingue taxis et VTC, ainsi qu’à renforcer les contrôles sur les plateformes. Ils invitent également les chauffeurs à rester vigilants face aux propositions d’intégration dans des modèles susceptibles, selon eux, de fragiliser leur statut professionnel. Les usagers sont eux aussi appelés à la prudence face aux promesses commerciales des plateformes numériques. De son côté, l’UNIT a annoncé engager une procédure devant le tribunal de commerce de Paris pour contester les tarifs de courses de taxi fixés à l’avance proposés par Uber, estimant qu’ils constituent un contournement de la réglementation applicable au secteur. Dans le même temps, G7 poursuit son développement hors Île-de-France et prévoit le lancement de son application à Bordeaux et sur le bassin d’Arcachon d’ici fin juin, avec un réseau annoncé de 200 chauffeurs affiliés.

HM

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