100% Edito : Taxi d’usine

À ma descente du train, le maigre flot de voyageurs s’évapore rapidement. Au beau milieu de la place de la gare déserte, un taxi attend. Arrivée à sa hauteur, je l’interpelle : « Bonjour, vous êtes disponible ? » « Je n’attendais que vous, Madame ! » me répond-il en rangeant son livre dans la boîte à gants. Alors que je me dirige vers la porte arrière, il m’invite à m’installer à côté de lui. « Il n’y avait pas foule à la station. C’est toujours comme ça ? » « La clientèle en gare s’est tarie. Nous étions une région de métallurgie et de construction mécanique mais les usines ont été délocalisées et les sous-traitants ont mis la clé sous la porte. Les jeunes sont partis trouver bonheur ailleurs. Pour faire vivre nos taxis, nous avons dû nous recentrer sur le transport médical des anciens et le ramassage scolaire des enfants des villages vers les écoles qui restent », soupire-t-il.

La réunion de plus de 200 dirigeants internationaux au château de Versailles pour le sommet « Choose France » de ce lundi 15 mai et l’annonce de milliards d’investissements étrangers présageraient-elles la fin de la désindustrialisation de l’Hexagone ? « Pendant des années, on a subventionné des panneaux photovoltaïques fait au bout du monde, là, on va avoir des panneaux photovoltaïques « made in France », comme on aura des batteries « made in France », des voitures électriques « made in France ». C’est l’écologie du concret. On va fabriquer les produits qu’on va consommer en France. On va créer de l’emploi », se félicite dans les médias le ministre délégué chargé de l’Industrie.

Une méga-usine à Sarreguemines, deux autres à Dunkerque, un centre logistique près de Toulouse, la relocalisation d’une usine de paracétamol en Isère… Enfin la sortie du tunnel ?

« Ne vous emballez pas », tempère mon chauffeur. « Une usine, c’est plus vite fait de la vider que de la construire. Regardez ce qui se passe chez Valdunes, à 150 kilomètres d’ici. Leur unique actionnaire chinois les lâche parce que la SNCF, un de leurs gros clients, se fournit aujourd’hui à l’étranger ! » Il me montre alors le livre qu’il avait rangé à mon arrivée. « Je suis passionné d’histoire et ce bouquin, c’est une bio de Napoléon. La remontada en 100 jours, ça s’est plutôt mal terminé pour lui… »

Hélène Manceron

Feuilleter 100% NEWS TAXIS n°250

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