Taxi autonome – David Bauer, artisan taxi et conseiller technique FNDT

La dernière bataille du taxi sera-t-elle celle de la voiture autonome ?
Depuis que certaines transnationales comme Uber ont décidé d’utiliser l’argent pris sur le dur labeur de leurs pseudo-partenaires pour lancer la voiture sans chauffeur, on assiste à une véritable course entre les GAFA/NATU* et les géants de l’automobile pour savoir lequel remportera la timbale. Tellement pressés que certains en oublient l’essentiel : la sécurité !
Du coup, les accidents s’enchaînent, jusqu’à la mort d’une jeune femme aux États-Unis. Mais visiblement, peu importe ces « dommages collatéraux » puisque des pays européens, dont la France, autorisent des tests sur « voies ouvertes » en faisant fi du traditionnel principe de précaution.

David Bauer, artisan taxi de l’Essonne et représentant syndical du SATE 91 et de la Fédération nationale du taxi – FNDT

Il faut tout d’abord comprendre ce qu’est une voiture autonome et ce que permet ou ne permet pas notre réglementation. La voiture autonome est jugée sur 5 niveaux d’évolution mais les niveaux 1 et 2 ne sont en réalité que des aides à la conduite. Le niveau 3 (en test) est déjà responsable de la perte d’une vie malgré la présence obligatoire d’un pilote derrière le volant capable de réagir. Quant aux niveaux 4 et 5, il s’agit d’autonomie complète mais dans des milieux différents (zone balisée et sécurisée pour le niveau 4, toutes routes pour le 5). À ce jour, malgré les avancées technologiques, seul le niveau 4 pourrait être envisagé dans un avenir proche de 4 à 8 ans où le conducteur pourra, par exemple, laisser la voiture gérer seule ses trajectoires sur autoroute.
Faut-il s’alarmer ? Devons-nous et, surtout, pouvons-nous stopper ce que d’aucuns appellent « le progrès » ? Le taxi que je suis et dont la survie du foyer repose totalement sur ce métier s’inquiète forcément. En tant que représentant de la profession, je me dois de tout faire pour trouver, avec mes confrères, la solution à la survie de près de 60 000 taxis français.
La civilisation, tel un train lancé à pleine vitesse, n’a jamais cessé de se moderniser mais prenons garde de verser dans l’utopie. Alors que faire ?
Quand le train passe, si on ne veut pas rester sur le bord, on saute en marche ou on construit un quai pour qu’il s’arrête et qu’on puisse y monter dans de bonnes conditions. Si la société de demain est prête à être transportée avec des voitures sans chauffeur, il n’en est pas moins évident qu’il faudra les entretenir, les nettoyer, les surveiller, les dépanner et les mettre à disposition.
La solution ? C’est le taxi et son système d’autorisation de stationnement (ADS), qui veille non seulement à l’équilibre économique mais également à une présence sur l’ensemble du territoire, et dont Élisabeth Borne a si bien exprimé l’enjeu dernièrement.
1 voiture autonome = 1 ADS !
Se pose en outre la question de la responsabilité car à ce jour, des experts se plongent encore sur cette épineuse question des torts en cas d’accident avec ces véhicules qui, de toute évidence, ne semblent pas suffisamment au point. De grosses multinationales comme celle qui a causé la mort de cette Américaine ont des solutions toutes trouvées : en moins de 24 h, une vidéo embarquée de l’accident nous expliquait que la dame traversait à toute allure dans l’obscurité (sa faute finalement ?) et que le pilote chargé de surveiller la route jouait avec son téléphone ! Avec de meilleurs avocats, ils auraient peut-être même pu s’épargner de payer la famille pour éviter le procès. À l’inverse, une entreprise artisanale de taxi ne pourra pas se défausser et l’implication n’en sera que meilleure de facto. Il convient donc que, dès à présent, l’État intègre dans son planning la possibilité de « reconversion » des taxis actuels en futurs gestionnaires de véhicules à distance. Des taxis mais également de tous les acteurs du transport de personnes et de marchandises qui voient eux aussi leurs milliers d’emplois menacés.
En attendant, le taxi comme nous le connaissons a encore de belles années devant lui s’il mise sur la qualité et c’est tant mieux ! Ce n’est pas la voiture autonome qui rassurera les clients avant leur première séance de radiothérapie, qui donnera le bras aux petites mamies qui peinent à descendre de la voiture, qui tentera de faire oublier la maladie ou les tracas du quotidien, qui créera une relation amicale et distrayante avec les hommes d’affaires qui embarquent à l’aéroport. Si la voiture autonome n’est pas gérée demain par les taxis mais par des multinationales, on peut douter qu’elles accepteront de contribuer au bien commun en payant taxes et impôts.

D. Bauer
* GAFA : Google, Apple, Facebook et Amazon
NATU : Netflix, Airbnb, Tesla et Uber

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