Les petites phrases

Par médias interposés, les candidats en lice pour la prochaine élection présidentielle ont entamé leur bataille de communication. Les mots comptant autant que l’argent, chacun aiguise ses « petites phrases » pour marquer les esprits. Quelles soient volontaires ou non, publiques ou confidentielles, elles sont souvent assassines et l’histoire témoigne de leur influence. Pouvant infléchir les résultats d’un vote ou motiver un mouvement social, elles deviennent l’objet d’une véritable expertise. Certains se souviennent peut-être du « dégraisser le mammouth » du ministre de l’Éducation nationale Claude Allègre dans les colonnes du Monde. Cette expression deviendra en 1997 l’emblème du conflit avec les enseignants. Aux USA, en juillet 2015, Donald Trump, alors candidat aux primaires républicaines américaines, déclarait quant à lui : « Je connais bien le monde ouvrier : j’en ai licencié des milliers. » N’oublions pas le célèbre « vous n’avez pas le monopole du cœur » de Valéry Giscard d’Estaing face à François Mitterrand en 1974, ni le « président du passif » que lui rétorquait ce dernier à l’élection suivante. Particulièrement appréciées des professionnels de la politique, de la communication et des médias, le poids des petites phrases s’accroît avec celui des techniques de communication et la peopolisation de la fonction politique. Grâce au numérique, leur notoriété devient exponentielle. Deux auteurs viennent d’en publier une compilation intitulée « Élysée Circus » et, annuellement, un prix est décerné par des journalistes aux plus appréciées d’entre elles. Mais la majorité de ces petites phrases est oubliée. C’est sans doute sur cette amnésie que comptait Travis Kalanick, le fougueux patron d’Uber, qui prétend conduire la communication de son entreprise comme une campagne électorale. En 2014, il déclarait : « Nous sommes engagés dans une bataille politique. Notre adversaire est un connard, qui s’appelle Taxi. » Deux ans plus tard, la multinationale cherche désormais à enrôler les « connards » ! Souhaitons-lui que les taxis aient la mémoire courte…

Hélène Manceron

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