Interview de Laurent Goguillon, président de la Fédération des Taxis de Champagne
Face à la flambée des prix du carburant, les professionnels du taxi tirent la sonnette d’alarme. Entre hausse des charges et chute libre des marges, l’équilibre économique de nombreuses entreprises est aujourd’hui fragilisé, en particulier en milieu rural. Laurent Goguillon, président de la Fédération des Taxis de Champagne – FTC10, livre un témoignage sans détour sur les difficultés rencontrées par les taxis du département et fait écho aux solutions urgentes que la profession revendique.
Quelles sont les conséquences de la flambée des prix du carburant ?
La situation est très préoccupante. Aujourd’hui, le carburant représente un surcoût d’environ 1500 € par rapport à la normale. C’est le deuxième poste de dépense après les charges sociales dans nos entreprises. Si ce choc pétrolier reste ponctuel, nous pourrons tenter d’en absorber les effets mais s’il s’inscrit dans la durée, cela deviendra très difficile à gérer. D’autant plus que nos tarifs sont strictement encadrés, que ce soit par les arrêtés préfectoraux ou par l’Assurance maladie. Travailler davantage ne résout rien, car cela génère aussi plus de dépenses. Dans mon entreprise, 65 % de l’activité repose sur le transport médical et 35 % sur des contrats institutionnels et des particuliers. La revalorisation tarifaire de cette année a déjà été absorbée par la hausse des assurances et des coûts des consommables automobiles. Ce contexte risque d’avoir des effets en cascade, y compris psychologiques : beaucoup de chefs d’entreprise n’osent pas dire qu’ils sont en difficulté, car cela reste tabou. Nous sommes à bout de souffle et la moindre crise supplémentaire peut faire céder l’équilibre fragile de nos structures.
Pourquoi ce choc pétrolier représente-t-il une double peine pour les taxis ruraux ?
La situation en milieu rural est très différente de celle des grandes villes. À la hausse du prix du carburant s’ajoute une baisse des tarifs du transport de malades imposée par l’Uncam. Le litre de carburant est passé de 1,70 € à 2,26 € en seulement quinze jours alors que notre tarif conventionné est de 1,13 € par kilomètre. Dans un département rural sans CHU, les distances sont longues et les transports médicaux indispensables. Les trajets courts deviennent particulièrement problématiques : avec un coût horaire d’environ 40 €, certaines courses à 25 € sont tout simplement réalisées à perte ! Nous avons alerté les autorités sur ces difficultés, mais certaines solutions, comme la plateforme de gestion des transports conventionnés, ne sont toujours pas opérationnelles. De plus, la sectorisation complique encore notre activité.
Envisagez-vous de changer de type de carburant ?
Nous y réfléchissons tous mais les alternatives sont limitées en milieu rural. Nous avons besoin d’une solution adaptée aux longues distances. Aujourd’hui, j’ai trois véhicules diesel et un hybride. Mais ce dernier nécessite des passages quotidiens à la pompe à cause de son faible réservoir. L’électrique peut être pertinent en ville mais n’est pas adapté à notre réalité. Nous aurions besoin d’une autonomie d’environ 800 km par jour, ce qu’aucun constructeur ne propose actuellement. L’éthanol n’est pas non plus une alternative car les stations sont trop rares en zone rurale. Je dois bientôt renouveler un véhicule et je pense me tourner à nouveau vers le diesel d’autant que l’incertitude reste forte sur l’évolution des prix des autres énergies.
Quelles solutions proposez-vous ?
La réponse est politique. Certaines mesures comme le report des charges sociales ou les avances de trésorerie ne font que repousser le problème sans le résoudre. En revanche, une aide ponctuelle directe, comme celles accordées à d’autres secteurs, pourrait soulager immédiatement les entreprises. Nous essayons de nous adapter en multipliant les transports partagés, en recherchant le carburant au meilleur prix, mais ces solutions restent limitées. Nous allons probablement devoir ralentir le renouvellement des véhicules, voire minimiser nos salaires. Nos trésoreries s’épuisent et certains collègues envisagent déjà des licenciements. Dans mon cas, ce sont mon épouse et moi-même qui absorbons la surcharge de travail. Mais ce modèle n’est pas tenable sur le long terme. Si rien n’est fait, c’est tout un pan de l’artisanat, premier employeur de France, qui risque d’être fragilisé.
Propos recueillis par HM









