100% Édito : La transition au prix fort

« Alors là, on frôle l’absurde ! » s’exclame mon chauffeur en passant devant une station-service où le prix du diesel atteint 2,41 € le litre. Intriguée, je lui demande : « Mais votre voiture n’est-elle pas électrique ? » « C’est vrai, mais ma femme et ma fille roulent au diesel et mes collègues hors d’Île-de-France n’ont pas la même facilité que moi pour passer à une autre énergie. En plus, j’habite en maison individuelle, ce qui m’a permis d’installer une borne de recharge pour la nuit. J’aurais même pu opter pour un véhicule à hydrogène, tant le réseau de stations s’est développé. »
Alors que les voitures électriques représentent désormais 27 % des immatriculations en France, le nombre de bornes de recharge varie fortement selon les régions, oscillant entre 223 et 382 pour 100 000 habitants. Les pouvoirs publics ont donc décidé de soutenir davantage l’électrification. Depuis le 1er avril, les aides à l’installation de bornes sont passées de 600 à 1000 € pour les particuliers et de 8000 à 12 500 € pour les copropriétés et le Premier ministre a convoqué une réunion d’urgence afin d’identifier, d’ici le 8 avril, les leviers permettant d’accélérer cette transition. « La question ne se limite plus au climat, elle relève désormais de l’intérêt national », a-t-il affirmé, évoquant aussi la possibilité de financer ces mesures grâce au « surplus » fiscal généré par la flambée des prix des carburants.
« Ce qui me met en colère, c’est cette impression de me faire ponctionner de tous les côtés ! On réduit les moyens consacrés au transport des patients alors que la population vieillit et s’isole de plus en plus, le reste à charge des soins hospitaliers vient d’augmenter. Même le coût du certificat d’immatriculation a grimpé, alors que la dématérialisation devait permettre des économies. Ma fille travaille comme aide à domicile : elle passe ses journées sur la route pour aider des personnes dépendantes. Malgré son engagement, elle a du mal tous les mois à joindre les deux bouts. Comment pourrait-elle s’acheter un véhicule électrique ? En 2019, il y a eu les Gilets jaunes. Aujourd’hui, les gens semblent résignés, entre les conflits qui s’intensifient et l’incertitude sur l’avenir. Mais croyez-moi : la colère va finir par s’exprimer et une fois que le dentifrice est sorti du tube, difficile de le remettre ! »

Hélène Manceron

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