100% Edito : Kiddy taxi

Une fois ma destination annoncée au chauffeur, celui-ci remonte le son de sa radio. Une douce musique emplit l’habitacle. Profitant du calme, j’étends mes jambes et mon pied rencontre un objet. Je le ramasse : c’est une figurine de dinosaure. Je la tends à mon chauffeur : « Un de vos passagers a oublié quelque chose. » « Merci, c’est à moi », me répond-il. Devant mon regard étonné, il explique : « J’ai acheté un lot et j’en donne un lorsque je transporte un enfant qui a du mal à rester en place. »
Alors que la Convention internationale des droits de l’enfant et le code pénal établissent des sanctions contre toute discrimination, dont l’âge fait partie, l’offre développée depuis ce début janvier par la SNCF et promettant des wagons sans enfant a soulevé une vaste polémique. Si la SNCF déplore« une maladresse marketing », les « No kids » et les « Pro kids » rivalisent d’intolérance et d’indignation.
« Le problème, ce ne sont pas les enfants mais les adultes », ajoute mon chauffeur. « Et je te mets les pieds sur l’accoudoir des sièges avant, et je laisse mes papiers gras sur la banquette, et je beugle dans mon portable comme si j’étais tout seul ! »
Marquées par la montée d’un individualisme exaltant la liberté et l’épanouissement personnel, nos sociétés poussent chacun à affirmer son identité, ses choix et ses droits. Plus besoin de cultiver une amitié, on se confie à ChatGPT ! Sociologues et philosophes nous alertent déjà sur cette mise à mal du vivre-ensemble qui repose sur la solidarité, le respect mutuel et la cohésion sociale.
« Beaucoup de parents sont débordés », reprend mon taxi. « Sous prétexte de calmer leur progéniture, nombreux sont ceux qui leur passent leur smartphone. Et là, attention les dégâts ! Au bout de quelques virage, c’est le contenu de leur estomac qui finit sur ma banquette ! Depuis que j’ai les figurines, je n’ai plus ce genre d’incident. J’ai aussi un siège bébé dans le coffre. Lors des départs en vacances, j’ai des clients qui me réservent des semaines à l’avance ! »
Tandis le président de la République souhaite un réarmement démographique face à une natalité française au plus bas, Maria Montessori, la célèbre pédagogue italienne, rappelait que
« L’éducation est la plus belle arme de paix ».
Hélène Manceron

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