100% Édito : La stratégie du sous-marin

Après avoir échangé avec mon chauffeur sur l’actualité de la profession, je finis par me présenter. « Ouf, j’ai cru que vous étiez Boer », me sourit-il avant de reprendre « Vous qui interviewez tout le monde, vous en pensez quoi des syndicats ? » Je lui réponds : « Ce sont des organes essentiels de votre profession. Ce sont les interlocuteurs des pouvoirs publics au niveau national comme local. Et vous, vous êtes syndiqué ? » « Au début oui, histoire de ne pas démarrer tout seul et d’avoir les infos mais maintenant, je suis en sous-marin. » « En sous-marin, qu’est-ce à dire ? » « Je ne suis adhérent nulle part mais je participe à des réunions et je me suis inscrit dans plusieurs groupes sur WhatsApp. »
Si l’évolution de l’engagement syndical des salariés semble connaître un nouveau regain, celle des petits patrons qui s’auto-emploient reste floue. Dans le taxi, l’intransigeance de l’Uncam et la mollesse des pouvoirs publics à faire appliquer la réglementation ont instauré un climat de défiance des chauffeurs face à leurs organisations professionnelles, nouveaux boucs émissaires de la déception des taxis de ne pas avoir été respectés par l’autorité publique. Combien justifient de ne pas renouveler leur carte syndicale, avançant que « Cela ne sert à rien », oubliant par là même celles et ceux qui relancent sans cesse les instances de tutelle et informent les chauffeurs, diligentent des procédures judiciaires pour recadrer les errances des pouvoirs publics, représentent la profession aux multiples réunions afin de faire entendre les revendications du métier au détriment de leur propre activité ? Combien préfèrent faire scission ou se regrouper en collectif ? Lors des mobilisations de 2016 contre l’agressivité disruptive des plateformes VTC, le Premier ministre d’alors avait reçu pas moins de
19 « organisations professionnelles » ! Facile alors de jouer sur la cacophonie des revendications. En 2025, à la sortie des réunions interministérielles, la foule des manifestants avait accueilli les représentants de la profession en réclamant « tout ou rien », compromettant ainsi toute négociation future.
Au moment où les assemblées générales des organisations locales s’organisent dans les départements et quitte à m’attirer les foudres de certains, il me paraît sensé d’alerter qu’avec la stratégie du sous-marin, la profession risque de prendre l’eau !
Hélène Manceron

Feuilleter l’édition n°315 de 100% NEWS TAXIS

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