Édito : Taxi autonome

La neige a disparu de la chaussée. Mon taxi file comme si la pagaille de la veille n’avait pas existé. J’apostrophe mon chauffeur tandis que la radio nous partage les conflits nationaux et internationaux : « Les taxis vont-ils rejoindre les agriculteurs ? » Il éteint sa radio. « Vous pensez que cela changerait les choses ? Le gouvernement n’écoute rien. Des ministres aux députés, ils sont centrés sur leurs problèmes de politiciens. Y a que les maires qui font face à la réalité et beaucoup ne se représenteront pas. Dans ma commune, il n’y a que des parachutés qui font campagne. » Après un silence, il reprend : « Sans être complotiste, le glas a sonné pour la petite entreprise. Il n’y a que les grands groupes qui sont écoutés. Être son propre patron est devenu un acte de résistance ! »
De fait, en 2025, l’économie française semble faire face à une recrudescence inquiétante des défaillances d’entreprises. 69 000 faillites ont été recensées cette année, dont 14 000 rien que pour le troisième trimestre. « Alors que le nombre de défaillances a chuté pendant la crise du Covid grâce aux aides publiques aux entreprises, il est reparti rapidement à la hausse pour atteindre des niveaux historiquement élevés. Le nombre de défaillances en cumul sur un an est même plus élevé que pendant la crise des subprimes ! » analyse La Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques. L’hôtellerie-restauration (+10 %), le transport (+10 %) ou encore les services aux entreprises (+9 %) sont les secteurs les plus concernés et les entreprises de moins de 10 salariés majoritairement touchées.
Je relance mon chauffeur : « Vous pensez quitter le métier ? ». « Non, j’ai une famille à nourrir, je ne vais pas céder ma place aux véhicules autonomes. Ce ne sont pas les machines qui vont payer ma Sécu et ma retraite ! Je sors tous les jours pour me faire un smic à 80 heures par semaine et je vais devoir attendre pour changer ma voiture. Dans le taxi, nous sommes habitués à traverser des hauts et des bas. Les économistes appellent ça la résilience. Moi je dis plutôt que rien n’est jamais acquis… »
Vivement les lendemains qui chantent !
Hélène Manceron

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