« Argh ! En voilà encore une ! » s’étrangle mon chauffeur alors que nous sommes ralentis sur la voie de bus par un petit véhicule blanc et bleu truffé de caméras. « J’ai passé ma matinée à contester un PV alors que j’étais garé en station. Il a fallu que je retourne sur place pour prendre une photo et l’envoyer avec mes justificatifs professionnels. Pendant ce temps-là, les véhicules autonomes peuvent bafouer le code de la route en toute impunité. Vous avez vu sur internet ? »
En effet, les « taxis » autonomes dont on nous prédit régulièrement l’invasion, sévissent déjà en Californie. Au sud de San Francisco, alors qu’un véhicule sans chauffeur fait un demi-tour illégal, les forces de l’ordre l’interceptent. Mais, « étant donné qu’il n’y avait pas de conducteur humain, un PV n’a pas pu être émis », a expliqué sur les réseaux sociaux la police de la ville. L’opérateur gestionnaire du véhicule s’est excusé en invoquant que la situation permettrait d’améliorer son expérience…Un flou juridique qui arrange bien ses affaires !
La même chanson est reprise par la plateforme Uber qui doit une nouvelle fois répondre à une plainte d’un syndicat de taxis qui l’accuse d’exercice illégal de la profession, de travail dissimulé et de pratiques commerciales trompeuses. Comme d’habitude, la multinationale se drape dans sa dignité et affirme : « Notre activité de mise en relation entre des chauffeurs et des passagers est en tout point conforme. »
Pourtant, aux dires mêmes du secrétaire général FO-INV qui représente des chauffeurs de VTC,
« aujourd’hui, nous tirons la sonnette d’alarme. Des individus non titulaires de carte VTC exercent en toute impunité sur les plateformes, sans contrôle réel ni vérification sérieuse. Les agressions envers les clients se multiplient, l’image de la profession est salie et ceux qui respectent la réglementation se retrouvent précarisés. Dans le même temps, les plateformes poursuivent leur recrutement massif à coup de formations à 20 €, souvent financées sur fonds publics. »
Avec leurs promesses de « liberté » rimant avec « technologie », les géants de la Silicon Valley exploitent impunément des zones d’ombre de la loi.
Hélène Manceron








