Alors que le ministère de la Santé a identifié 151 zones prioritaires – qui regroupent plus de 2,5 millions de Français – dans le pacte de lutte contre les déserts médicaux, la nouvelle grille tarifaire de la convention-cadre pour le transport de malades assis, conventionné par l’Assurance maladie et qui s’appliquera à partir du 1er novembre prochain, hypothèque l’accès aux soins. Nous avons recueilli les témoignages poignants d’Alexis Perrot, président du syndicat départemental des taxis vosgiens (SDTV88) affilié à la FNDT et d’Aurélien Auzas, président du syndicat des artisans taxis de l’Ardèche (SATA 07) affilié à la FNAT, sur les conséquences imminentes sur les entreprises de taxis comme sur les patients de ces territoires.

Rupture économique brutale
« Les conséquences vont peser sur les entreprises de taxis ainsi que sur la patientèle. Cette convention a été établie de façon unilatérale. Elle va générer un transfert de charges brutal. Nous sommes conscients des impératifs budgétaires de l’État et favorables à l’effort collectif mais il aurait fallu un accompagnement sur plusieurs années », explique Alexis Perrot. « La forte baisse du tarif kilométrique a d’ores et déjà des conséquences sur l’investissement des TPE, que ce soit sur le remboursement de la licence, du véhicule mais aussi sur les charges courantes et l’emploi, chauffeurs comme secrétariat. Le modèle économique va brusquement être modifié et le risque de faillite de nombreuses entreprises est imminent », complète-t-il. « C’est un équilibre économique qui va être détruit. Nombreux sont ceux qui pense d’ores et déjà à cesser leur activité », fait écho Aurélien Auzas.


De gauche à droite : Alexis Perrot, président du syndicat départemental des taxis vosgiens (SDTV88) et Aurélien Auzas, président du syndicat des artisans taxis de l’Ardèche (SATA 07).
Urgence sociale
« Ce n’est pas une question de rentabilité, juste une impossibilité de travailler à perte », témoigne Aurélien Auzas. « En zone rurale, nos aînés sont isolés. Dans le pays ardéchois, il n’y a ni gare, ni aéroport, ni autoroute et pas de transports en commun. C’est déjà un désert médical. Combien de villages affichent des banderoles « ici on cherche un médecin traitant » ! Avant, nous avions un forfait pour aller chercher les patients qui pouvaient ainsi avoir accès aux soins. Maintenant, on voudrait nous obliger à faire un choix entre des gens que nous connaissons tous et la survie de nos entreprises qui font vivre nos familles et celles de nos salariés », déplore-t-il. « Notre syndicat a diffusé un tract sur le département afin d’alerter la patientèle », raconte Alexis Perrot. « Des patients vont se trouver isolés sans solution de transport pour se rendre dans des plateaux techniques très éloignés. S’ajoutant au combat qu’ils mènent contre leur maladie, cette difficulté supplémentaire va les inciter à abandonner leurs parcours de soins. Cela va créer une inégalité territoriale entre les zones urbaines et les zones rurales », s’inquiète-t-il.
Négation des spécificités locales
« Nous avons rencontré notre caisse locale mais elle ne peut que faire remonter l’information au niveau national », explique Alexis Perrot. « L’objectif est de calquer les tarifs taxis sur ceux des VSL. C’est une erreur fondamentale. Le VSL est essentiellement présent en zones urbaines ou la densité de patients permet un enchaînement des courses, de partager les transports et d’amortir les trajets ! Les taxis assurent un maillage territorial. Nous faisons beaucoup de kilomètres à vide pour aller chercher des personnes dans des zones reculées, ce qui rend impossible le partage des transports. Les pouvoirs publics méprisent notre expertise et négligent la profession. Qu’est-ce qui peut justifier les différences de tarif kilométrique entre les départements alors que les charges sont les mêmes ? En ruralité, les taxis ne pourront plus vivre de leur travail et la situation va dégénérer comme cela a été le cas dans le monde agricole », déplore-t-il. « Cela fait 15 ans que je transporte une personne dialysée 3 fois par semaine. La course était à l’équilibre mais maintenant, elle sera à perte », s’attriste Aurélien Auzas. « Cela fait des années que l’on fournit des efforts. Il n’est pas possible d’en faire plus. Nous effectuions une remise de 25 % sur certaines missions, soit presque 45 % de remise sur le tarif préfectoral ! Pour préparer la manifestation du 19 mai dernier, nous avons réalisé avec 93 entreprises sur 140 conventionnées qui représentent 390 véhicules sur 415 une pétition afin d’alerter les pouvoirs publics des risques de la nouvelle convention. Tous les transporteurs étaient unanimes pour dénoncer l’impasse dans laquelle nous sommes entraînés. Conscients de l’état des finances publiques, nous avons proposé d’augmenter nos efforts en ajoutant une remise de 5 % sur les tarifs que nous appliquions précédemment avec une expérimentation de 6 mois afin de se rendre compte des économies dégagées. L’Uncam a tout refusé. Elle préfère attendre et constater les dégâts que va faire cette nouvelle convention avant d’étudier une éventuelle adaptation. Mais dans 6 mois, qui va ressusciter les entreprises qui ont fait faillite et les personnes qui seront décédées pour avoir décroché de leur parcours de soins ? »
Propos recueillis par HM








