À la vue du faible nombre de passagers qui descendent du train, je me réjouis d’avoir prévenu mon taxi. Une fois installée, je le remercie : « Heureusement que vous étiez là car il n’y avait pas de taxi en attente à l’arrivée. » « Il n’y a même pas de station à la gare », me répond-il. « Avec trois TER par jour, je dois m’y rendre au maximum une fois par semaine lorsque c’est la pleine saison. Mais elle fonctionne toujours et sert notamment aux jeunes qui vont au lycée. »
Alors que notre route traverse champs et forêts, nous échangeons sur l’actualité de la profession. Il m’explique : « Les VTC ne sont pas venus coloniser nos villages, c’est trop dur pour eux, ils préfèrent rester à la lumière des villes. Pour être taxi dans nos campagnes, il faut aimer dévorer les kilomètres ! Nous effectuons en majorité du transport de malades et nous nous tenons prêts jour et nuit à toute sollicitation des sociétés d’assistance. Mais ça, ils ne s’en rendent pas compte, nos technocrates de Paris. » Avec tendresse, il me raconte la situation de ses clients. « Ce qui me fait le plus mal au cœur, c’est que certains patients vont arrêter leurs soins. Il leur est déjà pénible de suivre leur protocole alors si les déplacements se compliquent, ils vont préférer mourir chez eux. »
Lors de son premier déplacement depuis sa nomination, le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, a promis de bâtir d’ici 2027 un réseau de maisons « France santé » afin de proposer à tous les Français une offre de soins de proximité, « quelque chose autour de 30 minutes de chez vous », a-t-il déclaré. « Une priorité nationale » que l’Assemblée nationale devra soutenir alors que l’étude des textes budgétaires a causé la chute des gouvernements de ses deux prédécesseurs. En son temps, François Bayrou avait décidé de mobiliser les médecins généralistes volontaires pour lutter contre les déserts médicaux. Son gouvernement s’étant échoué, les détails pratiques du projet ne sont toujours pas réglés.
Imposant une nouvelle grille tarifaire qui étrangle l’économie des entreprises de taxi, l’Uncam projette une clause de revoyure en mars prochain. En cinq mois, combien d’entreprises auront baissé le rideau, combien de patients auront décroché de leur parcours de soins ? Dans quelques années, une commission d’enquête sera sûrement diligentée pour lever le voile sur la responsabilité des décideurs… mais ne ressuscitera personne.
Hélène Manceron








