Remontant la rue vers le boulevard pour trouver un taxi, je passe devant l’école du quartier qui fourmille de parents en ce jour de rentrée scolaire. Un chauffeur adresse un dernier au revoir à ses enfants avant de s’installer dans son véhicule. Je saisis ma chance et l’accoste. « Vous êtes libre ? » « Oui, je commence ma journée. Installez-vous », me répond-il. Une fois ma destination annoncée, je commence à discuter. « Avez-vous passé de bonnes vacances ? Vous êtes au courant que la mobilisation nationale de la profession du 5 septembre prochain est ajournée ? » « Pour la manifestation, je suis au courant. Un collègue nous a prévenu sur WhatsApp. Quant à mes vacances, je suis comme le Premier ministre. Je suis resté au volant tout l’été. » Après un silence à se concentrer sur la circulation, il m’explique son point de vue : « J’ai préféré travailler car je crains que nous soyons en congés forcés cet automne. Entre les mouvements de contestation des différentes professions et le renouvellement fort probable du gouvernement, les clients internationaux vont différer leurs venues et les Parisiens vont serrer leur porte-monnaie en attendant de savoir à quelle sauce ils vont être mangés ! »
Instabilité gouvernementale, absence de majorité, budget renvoyé, gel des investissements, frilosité des recruteurs… : l’impact de la censure du gouvernement Barnier sur l’économie nationale fin 2024 aurait entraîné une perte de 6 milliards d’euros liée à la non-application du budget 2025 à laquelle s’ajouterait un manque à gagner de 6 milliards pour le PIB, conséquence de l’incertitude politique sur la consommation et l’investissement. Un coût estimé à 175 € par Français, qui avait, dès son annonce, déclenché polémique et contestation.
« Dès l’appel à remobilisation des fédérations, je participerai aux manifestations », reprend mon chauffeur. « Je serai solidaire des collègues de province qui pâtissent injustement des coupes franches de l’Assurance maladie et je reste révolté par l’impunité dont bénéficient les plateformes VTC. Mais j’ai peu d’espoir car nous sommes tributaires d’administrations plus comptables que sociales et le lobbying des géants du numérique a pignon sur rue. Si Bayrou avait vraiment été courageux, ce n’est pas dans l’école du quartier de sa circonscription qu’il aurait fait la rentrée, mais à Bétharram ! »
Bonne rentrée à tous !
Hélène Manceron
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