« On ne va pas passer par là ! » Installée dans un taxi, je lève les yeux de mon smartphone, surprise par la déclaration de mon chauffeur. « Ça ne vous coûtera pas plus cher, parole de Jean-François. Tout est bouché et je dois aller chercher ma fille dès que je vous ai déposée. » Lui aussi pris au dépourvu, le GPS de la voiture recalcule en boucle le nouvel itinéraire. J’interpelle Jean-François : « Vous avez fait perdre le nord à votre GPS. » « C’est parce que je n’ai pas besoin des satellites pour réfléchir. Depuis que je suis taxi, je suis devenu un as des courses d’orientation ! » sourit-il.
En 2011, Eleanor A. Maguire et son équipe du University College de Londres avaient publié une étude sur le cerveau des chauffeurs de taxi de la capitale britannique évaluant l’impact de la formation et de l’exercice de la profession sur l’hippocampe, région du cerveau sollicitée pour la mémoire à long terme et la navigation spatiale. Les résultats étaient sans appel : l’apprentissage de la topographie et l’expertise de la circulation acquise par les taxis augmentent la matière grise des chauffeurs !
Une étude plus récente conduite par l’équipe de la Harvard Medical School (États-Unis) sur près de
9 millions de certificats de personnes décédées entre 2020 et 2022 enfonce le clou en révélant que deux métiers seraient moins touchés que les autres par la dégénérescence du cerveau : ceux d’ambulancier et de taxi qui exigent l’utilisation permanente du sens de l’orientation et prémuniraient de la détérioration notre cher hippocampe ! « Nous pensons que, par rapport à d’autres métiers, ceux qui nécessitent une analyse spatiale et de navigation en temps réel pourraient être associés à une réduction de la mortalité due à la maladie d’Alzheimer », explique l’un des chercheurs. 1,03 % des décès de chauffeurs de taxi et 0,91 % des décès d’ambulanciers seraient liés à la maladie d’Alzheimer, des chiffres minimes comparés à ceux de la population générale (1,69 %). De nouvelles recherches pourraient permettre d’en découvrir un peu plus sur cette maladie neurodégénérative qui toucherait 900 000 personnes en France, avec 225 000 nouveaux cas dépistés chaque année.
Une de mes résolutions 2025 : Lâcher mon smartphone et reprendre mes cartes d’état-major.
Bonne année à tous et continuons à cultiver notre hippocampe !
Hélène Manceron
Plus d’info : ScienceAlert, article du 17/12/2024 – lire








